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TERRITOIRES ET DÉMOCRATIE NUMÉRIQUE LOCALE

Christophe de SAVIGNY (1530-1587)

« Tost ou tard, près ou loing, a le fort du faible besoing ». (1) Cette devise – qui est en fait une épigraphe – est inscrite en tête des  Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, publiés en 1587 par  Christophe de SAVIGNY (1530-1587), humaniste de la Renaissance française. Elle introduit trois notions essentielles : les rapports de force (fort/faible), la temporalité («tost»/tard), la préfiguration de l’intérêt général moderne (le «besoing»). Elle constitue une injonction fondatrice d’un programme à la fois moral, social, politique et spirituel. Elle est une manifestation de l’esprit encyclopédique, c’est-à-dire de l’ εγκυκλο παίδεια  (« enkuklios paideia »), l’éducation circulaire qui embrasse un cercle entier.
Tout processus éducatif – tout enseignement reçu ou dispensé («enseignement de soi» et «enseignement des autres» ne peuvent être dissociés) – est paradoxal, comme l’écrit SAINT AUGUSTIN dans ses Soliloques « nous apprenons parfois que ce que nous croyions nôtre nous est étranger, et que ce que nous croyions étranger est nôtre ».

Le contexte de la globalisation /mondialisation impose aux territoires et à ceux qui y vivent, risques et interdépendances.
•   Comment une anthropologie de la citoyenneté peut-elle s’opposer à cette imposition ?
•   Quelles initiatives peuvent y participer (Open data, Accès aux documents publics locaux, Observatoire des assemblées délibérantes locales, Recherche-action, Formation citoyenne…) ?
Deux questions nous interrogent sans relâche :
•   Quelles formes de démocratie pour quels territoires ?
•   Quels territoires pour quelles démocraties ?
Pour une anthropologie globale du présent (1)
• 
« L’anthropologie est la discipline qui a pour spécificité un mode de production des connaissances fondé sur la communication interpersonnelle avec les acteurs. » (p. 10)
•   « L’anthropologie et ses interlocuteurs n’échappent pas plus que les autres à ces bulles cognitives qui fonctionnent sur le commun des intérêts et font marcher les marchés réels de l’irréel, et irréels du réel. » (p. 22)
•   S’impose à nous « de penser et de déchiffrer le monde présent tel qu’il est, avec toutes ses saillances d’horreurs et ses creusets d’artifices imaginaires toujours plus nombreux » en ayant comme perspective « que ce dévoilement des significations écartelées permette de poser des repères aux cheminements à venir. » (p. 169)
•  
Et une dernière devise pour la route : « Déchiffrer à vif les configurations troubles de nos univers partagés ». (p. 10)
1. SELIM Monique, Anthropologie globale du présent, L’Harmattan, 2019, 259 p. ISBN 978-2-3-43-17467-9

Bernard MÉRIGOT
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Les chrétiens en repentance à l’égard de la crise écologique ? Un colloque à l’Institut catholique de Paris

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°445, lundi 22 février 2021

Est-ce que le modèle chrétien de domination de l’homme sur la nature a servi pendant des siècles d’encouragement et de justification à la dévastation de l’environnement dont nous vivons aujourd’hui les effets ?
La question a été posée très clairement en 1967, il y a un peu plus de cinquante ans, par Lynn WHYTE, professeur d’histoire à l’Université de Californie à Los Angeles dans son article intitulé
« Les Racines historiques de notre crise écologique » (The Historical Roots of our Ecologic Crisis). (1). Il inaugurait un débat à la fois politique, économique, philosophique, idéologique et théologique.
Un des fondements chrétiens se trouve dans la Bible, lorsque « Dieu dit » :
emplissez la Terre et soumettez-la (Genèse, I, 28). « Dominer la Terre, la nature, les animaux » : l’homme et l’économie capitaliste se sont empressés d’honorer – sans limite – cette autorisation, jusqu’à faire disparaître nombre d’espèces animales, polluer durablement terres et océans, et surtout en produisant CO2 et gaz à effet de serre qui auront bien réchauffé le climat pour les générations futures…
Ce n’est qu’aujourd’hui, un peu plus de cinquante ans après, que des  chrétiens – catholiques, protestants, et orthodoxes – se réunissent durant trois jours, les 22, 23 et 24 février 2021, pour un important colloque international organisé par l’Institut catholique de Paris (ICP) sur le thème de « Responsabilités chrétiennes dans la crise écologique. Quelles solidarités nouvelles ? » (3)
Les
chrétiens responsables ? Les chrétiens en repentance ? Les chrétiens en solidarité durable ? Pour quoi, au juste ? Pour ce qu’ils ont fait, ou pour ce qu’ils n’ont pas fait ? Ou alors pour ce qui leur reste à faire dans le domaine d’une spiritualité inspirant l’engagement et l’action.

Institut Catholique Paris, entrée du 74, rue Vaugirard, Paris 5e. © 16 mars 2019. Photographie de Bernard Mérigot/CAD.

RÉUNION DE FAMILLE EN DISTANCIEL

La présence des différentes familles chrétiennes est assurée par Monseigneur François KALIST, archevêque de Clermont-Ferrand, le pasteur François CLAVAIROLY, président de la Fédération protestante de France, le Métropolite Jean de DOUBNA, chancelier de l’Institut de Théologie orthodoxe Saint Serge, et enfin par Sa Sainteté BARTHOLOMÉE Ier, Primat de l’église de Constantinople.

Les organisateurs du colloque « Responsabilités chrétiennes dans la crise écologique » ont voulu réunir théologiens, philosophes, anthropologues, sociologues, enseignants-chercheurs, représentants religieux…  pour trois journées de réflexion sur les traditions et les pratiques religieuses confrontées à un double ébranlement :

  • celui de la grave situation écologique (destruction de la nature, réchauffement climatique…),
  • celui de la grave situation sanitaire de la crise Covid-19, qui ébranle le monde depuis maintenant une année.

Plusieurs traditions se croisent :

  • certaines traditions bibliques valorisent « un être humain jardinier », mais parfois compris comme le sommet de la création, qui peut paraître au-dessus d’elle,
  • d’autres traditions chrétiennes modernes se sont fort bien adaptées à l’homme ingénieur de la nature, maître et possesseur à la suite de Descartes.

Trois problèmes se posent au christianisme :

  • ses traditions,
  • ses enseignements, fondés sur l’interprétation des textes fondateurs,
  • ses pratiques d’évangélisation et de transmission de la foi.

Pour y répondre, la réflexion du colloque a proposé trois étapes :

  • un diagnostic de la façon dont les Églises se situent aujourd’hui face à la question écologique,
  • une relecture de l’anthropologie et de la cosmologie historiquement développées par certaines expressions de la foi chrétienne,
  • une exploration des ressources et des modes d’action propres à la foi et à la vie chrétiennes pour affronter les défis actuels.

Il est à noter que « compte tenu de l’incertitude liée à la crise sanitaire », le colloque est conçu « en distanciel », sur inscription individuelle, selon deux modalités :

  • en participant « solitaire »,
  • en participant « en groupe » dans une vingtaine de villes.

Les contraintes de la crise Covid-19 de 2020 ont accéléré la mutation des cours, des enseignements, des rencontres et des débats vers des formes de télés-conférences. Cela ne remplace pas à l’identique les anciennes modalités d’avant-Covid-19, mais en crée de nouvelles, parfois substitutives, souvent plus imaginatives.

« VINGT DEUX ANS, C’EST BEAUCOUP TROP LONG »

La participation de BARTHOLOMÉE Ier est significative. Le Primat de l’Église de Constantinople prend la parole le lundi 22 février 2021 à 14 heures sur le thème de « La crise écologique au regard de la foi chrétienne ». Surnommé par les médias « le patriache vert », il intervient en tant que responsable religieux sur les questions environnementales depuis les années 1990. Le magazine américain Time l’a inscrit sur la liste des « 100 personnes les plus influentes du monde » pour avoir défini l’écologie comme une responsabilité spirituelle.

Né en 1940, BARTHOLOMÉE Ier, est depuis 1991 le chef spirituel suprême du monde chrétien orthodoxe. Déjà, en décembre 2015, célébrant la 22ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de Marrakech, il rappelait que « malheureusement, 197 pays viennent seulement de ratifier une convention adoptée lors du Sommet de la Terre de Rio, en 1992. » Considérant le temps qui s’est écoulé entre 1992 et 2015, il insistait :

« Vingt-deux ans, c’est une période beaucoup trop longue pour répondre à la crise environnementale, notamment lorsque l’on sait qu’elle entretient des liens étroits avec la pauvreté, les migrations et les troubles à l’échelle mondiale.
Quel prix sommes-nous prêts à payer pour le profit ?
Combien de vies sommes-nous prêts à sacrifier pour un gain matériel ou financier ?
Et à quel prix renoncerions-nous à la survie de la création de Dieu ?
Vingt-deux ans plus tard, il est plus que temps pour nous tous de voir les visages des êtres humains qui subissent les conséquences de nos péchés écologiques. »

BARTHOLOMÉE Ier concluait alors : « De plus, comme je l’ai souvent rappelé : “ Nous sommes tous dans le même bateau. ” Les changements climatiques ne concernent pas une nation, une race ou une religion en particulier. Nous ne pouvons répondre aux exigences et à l’ampleur des changements climatiques que lorsque nous assumons ensemble nos responsabilités de croyants et de citoyens. »

CONCLUSION

Ce que l’on nomme couramment dans la société laïque, l’écologie (la nature, le monde végétal et animal, l’air, l’eau et le vent, les saisons…), portent dans la Bible un nom : la Création de Dieu. Pour un chrétien, il est évident que des pêchés ont été commis, et continuent d’être commis à l’encontre de la Création.
Vers quoi les Églises se dirigent-elles ? Quelles repentance pour le passé ? Quelles responsabilités pour le présent ? Quelles solidarités pour l’avenir ?

Quels que soient les débats, et quelles que soient les réponses apportées (mais des débats ont-ils pour fonction d’apporter des réponses ?), on ne peut pas manquer de se pencher avec la même attention sur les mêmes repentances, les mêmes responsabilités et les mêmes solidarités des non-chrétiens, de ceux qui appartiennent à d’autres religions, comme de ceux qui vivent en dehors de toute religion. Parce que le péché collectif contre la nature, comme l’écocide, n’est pas une affaire d’appartenance individuelle à une religion.

Bernard MÉRIGOT


DOCUMENT n°1

RESPONSABILITÉS CHRÉTIENNES DANS LA CRISE ÉCOLOGIQUE.
QUELLES SOLIDARITÉS NOUVELLES ?
2021
Présentation

La crise écologique que le monde traverse aujourd’hui est souvent décrite par un langage de type apocalyptique. Dans certains mouvements, elle est présentée en termes de collapsologie : écroulement de notre système économique et politique, crise sans précédent de la transmission, effondrement culturel et spirituel.

Cette situation écologique, à laquelle s’ajoute la crise sanitaire actuelle, ébranle la tradition chrétienne dans son ensemble. D’une part, certaines traditions bibliques valorisent un être humain jardinier, mais parfois compris comme le sommet de la création, alors il peut paraître au-dessus d’elle.

D’autre part, les traditions chrétiennes modernes se sont fort bien adaptées à l’homme ingénieur de la nature, maître et possesseur à la suite de Descartes.

Le christianisme occidental a pu se développer dans un anthropocentrisme surplombant qui fait de tout ce qui est non-humain un instrument en sa possession. Dans cette situation critique, le christianisme se doit de revisiter ses traditions et ses enseignements, tels qu’ils peuvent être déclinés dans ses interprétations des textes fondateurs, dans son emploi des traditions liturgiques, ou dans ses pratiques d’évangélisation et de transmission de la foi.

Dans la reprise de ces traditions et de ces enseignements, ce colloque s’interrogera sur la capacité du christianisme à changer lui-même, lorsqu’il est interpellé par les défis de la crise écologique.

Le colloque présentera un état des lieux de la réflexion anthropologique et théologique sur la situation écologique actuelle, mais aussi des réponses et stratégies déjà mises en place dans différentes traditions et pratiques chrétiennes. Le colloque réfléchira également à la manière dont le christianisme peut mobiliser ses ressources (textes, liturgies, manières de vivre) pour contribuer à changer le monde.

RESPONSABILITÉS CHRÉTIENNES DANS LA CRISE ÉCOLOGIQUE.
QUELLES SOLIDARITÉS NOUVELLES ?
Programme

Lundi 22 février 2021
La crise écologique et l’avancée des Églises : diagnostic.
Présidence : Monseigneur Kalist, archevêque de Clermont- Ferrand, membre de la CECC

  • Présentation de la problématique du colloque, Anne- Sophie Vivier-Muresan, directrice de l’ISEO
  • La crise écologique au regard de la foi chrétienne, Sa Sainteté Bartholomée 1er
  • ‘‘Adam, où es-tu ?’’ Prêcher l’eschatologie à l’heure de l’Anthropocène », Bruno Latour, professeur émérite de philosophie, Sciences-Po Paris
  • Église et écologie : quand la machine se grippe, Christophe Monnot, maître de conférences en sociologie des protestantismes, Université de Strasbourg / Université de Lausanne.
  • Église verte : des laboratoires de ‘‘maison commune’’, Élena Lasida, professeure de sciences sociales et économiques, FASSE (ICP)

Mardi 23 février 2021
Aux racines du problème écologique : un rôle du christianisme ?
Présidence : Pasteur François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France

  • La crise écologique et la compréhension de l’homme devant et dans son environnement : imbrication et interaction. Réflexion à partir des propositions de Philippe Descola, Elbatrina Clauteaux, théologienne, anthropologue et philosophe, enseignante émérite, Theologicum.
  • Pistes pour une écothéologie chrétienne, Pierre Bourdon, théologien et physicien, enseignant à l’ISPC.
  • Une solidarité très ancienne !, Catherine Chalier, professeur émérite de philosophie, Université de Paris Ouest (Nanterre). Écothéologie et féminisme: quelques premiers éléments de réflexion, Valérie Nicolet, professeure d’exégèse, doyenne, IPT, faculté de Paris
  • Les évangéliques américains, la science et la pandémie : un regard à travers l’histoire et la réaction des milieux évangéliques français », Neal Blough, professeur de théologie, faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine.
  • Deux réactions : Dominique Greiner, théologien moraliste, enseignant au Theologicum, Julija Naett-Vidovic, professeure de théologie morale, ITO Saint-Serge

Mercredi 24 février 2021
Affronter la crise : ressources de la foi chrétienne Présidence : Métropolite Jean de Doubna, chancelier de l’ITO

  • Écologie avant la lettre: l’enracinement patristique, Michel Stavrou, professeur de théologie dogmatique, ITO Saint-Serge
  • La crise écologique comme crise spirituelle, Patrice Rolin, animateur théologique de L’atelier protestant (EPUF)
  • Une lecture africaine de la responsabilité chrétienne face au défi écologique, Edouard Adé, théologien et sociologue, professeur à l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest.
  • La bonne nouvelle de la création, aux fondement de l’écologie intégrale, Fabien Revol, théologien et philosophe, professeur à l’UCLY, titulaire de la chaire Jean Bastaire
  • Moi, nous, vous : pistes concrètes pour un chemin de cohérence intégral, Martin Kopp, chercheur associé à l’UR 4378 en théologie protestante, Université de Strasbourg.
  • Création-eschatologie : les impensés de la catéchèse ?, Isabelle Morel, professeure de théologie catéchétique, ISPC
  • Conclusions, Anne-Laure Danet, responsable du Service des relations avec les Eglises chrétiennes de la FPF, Anne-Marie Reijnen, théologienne, enseignante au Theologicum – Joël Molinario, professeur de théologie, directeur de l’ISPC

RÉFÉRENCES DU DOCUMENT
« Responsabilités chrétiennes dans la crise écologique. Quelles solidarités nouvelles ?, Xe colloque international organisé par l’Institut supérieur de pastorale catéchétique (ISPC), l’Institut supérieur d’études œcuméniques (ISEO), l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge, l’Institut protestant de théologie, le réseau Église Verte, 22-23-24 février 2021, colloque à distance sur https://www.icp.fr/a-propos-de-licp/agenda/responsabilites-chretiennes-dans-la-crise-ecologique-quelles-solidarites-nouvelles-colloque


DOCUMENT n°2

ENGAGEMENT
EN FAVEUR DE L’ENVIRONNEMENT
Extrait de l’intervention du patriarche Bartholomée Ier,
Primat de l’Église orthodoxe de Constantinople
12 avril 2011

« 32 Ces dernières décennies, l’évolution de notre monde est marquée par ce qu’il faut bien appeler un désastre écologique ; le dernier événement majeur est la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon, qui faisait suite à un violent séisme. De façon générale, les spécialistes de l’environnement sont unanimes à souligner que le changement climatique qu’ils observent au plan mondial et qui s’explique largement par les rejets de gaz de l’activité humaine, peut perturber et détruire l’écosystème. Or, celui-ci soutient non seulement l’espèce humaine, mais l’ensemble du monde des animaux et des plantes qui sont interdépendants. Ce sont les choix et les actes de l’homme moderne qui ont conduit à cette situation tragique, et qui représentent en soi un problème spirituel et moral. L’apôtre Paul, divinement inspiré, avait décrit dix-neuf siècles plus tôt ce problème dans son épître aux Romains, soulignant sa dimension ontologique :

33 « La création a été soumise à la vanité, non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise… Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création toute entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. »
(Rm 8, 20.22)

34 Petit à petit grandit une prise de conscience de l’humanité qui comprend que l’usage irrationnel des ressources naturelles et la consommation incontrôlée de l’énergie contribuent aux changements climatiques, avec des conséquences sur la survie future de l’humanité créée à l’image de Dieu. Malgré tout, le tableau que nous offre la planète est inquiétant, et nous frappe par son cortège d’injustices. Ainsi, les hommes les plus pauvres et les plus vulnérables sont touchés par les problèmes écologiques qu’ils n’ont pas créés. De l’Australie au Cap Horn et en Afrique, nous voyons des régions en proie à des sécheresses prolongées qui causent la désertification de zones naguère fertiles, où les populations locales souffrent de la faim et de la soif. De l’Amérique latine au cœur de l’Eurasie, nous recevons des informations sur la fonte des glaciers, desquels des millions de personnes dépendent pour l’approvisionnement en eau.

35 Le Patriarcat œcuménique, suivant les traces de notre prédécesseur feu le patriarche Dimitrios, travaille à sensibiliser non seulement l’opinion publique, mais aussi les dirigeants du monde en organisant des colloques qui traitent des changements climatiques et de la gestion de l’eau. Le but de notre démarche est d’explorer l’interdépendance des écosystèmes du monde et d’étudier la manière dont se manifestent les phénomènes de réchauffement de la planète et de ses effets sur l’homme. Grâce à ces rencontres scientifiques, auxquelles ont participé des représentants de diverses Églises chrétiennes et religions du monde, ainsi que des diverses disciplines universitaires, le Patriarcat œcuménique s’efforce d’établir un climat de stabilité et de collaboration innovante entre le monde religieux et la science, en se fondant sur le principe fondamental selon lequel – pour atteindre l’objectif et préserver l’environnement naturel – les deux parties doivent coopérer dans le respect mutuel.

36 Cette collaboration entre science et religion vise à contribuer au développement d’une éthique de l’environnement : celle-ci a pour but, selon nous, de montrer que l’utilisation du monde et la jouissance des biens matériels doivent être eucharistiques, s’accompagner d’une louange consciente au Créateur. Inversement, un mauvais usage de l’environnement et la participation sans référence à Dieu à cet environnement constituent un péché non seulement devant le Créateur mais aussi devant la création.

37 Ce véritable péché à l’égard de l’environnement s’enracine dans notre égoïsme et dans les valeurs fausses que nous avons reçues et acceptons sans aucun sens critique. Nous avons besoin de repenser à nouveaux frais notre relation avec le monde et avec Dieu. Sans cette metanoia, sans ce radical « retournement du cœur », toutes nos mesures de conservation, quelles que soient les bonnes intentions, se révéleront inefficaces, car nous nous pencherons seulement sur les symptômes et non sur les causes de la situation.

38 Nous sommes invités à assumer ce que l’hymnographie pascale appelle « une autre façon de vivre ». Car nous avons un comportement arrogant et méprisant envers la création naturelle. Nous refusons de voir la Parole de Dieu dans les océans de notre planète, dans les arbres de nos continents, et dans les animaux qui peuplent la terre. Nous renions notre propre nature qui nous appelle à discerner la présence de la Parole de Dieu dans la création, si nous voulons devenir « participants de la nature divine » (2 P 1, 4). Comment pouvons-nous ignorer la portée cosmique de ce que la Parole divine a pris chair ? Pourquoi ne percevons-nous pas la nature créée comme l’extension même du corps du Christ ?

39 Les théologiens orientaux ont toujours souligné, à juste titre, les dimensions cosmiques de l’incarnation divine. Saint Maxime le Confesseur insiste sur la présence de la Parole de Dieu en toute chose (voir Col 3, 11) ; le Logos divin demeure au centre du monde, révélant mystérieusement son principe premier et son but ultime (voir 1 P 1, 20). C’est pourquoi le dimanche de Pâques, quand la célébration pascale atteint son point culminant, les chrétiens orthodoxes chantent : « Maintenant tout est rempli de lumière divine : le ciel et la terre, et toutes les choses sous la terre. Que la création tout entière se réjouisse ! » Lorsque l’Église ne reconnaît pas les dimensions proprement cosmiques de la Parole de Dieu, en s’en tenant à des questions purement « spirituelles » sans lien avec la réalité du monde, alors elle néglige sa mission qui consiste à implorer Dieu de transformer tout le cosmos pollué.

40 Chacun d’entre nous est appelé à retrouver un regard spirituel sur la création, dans le sens de ce que la tradition ascétique du christianisme oriental appelle la « contemplation de la nature ». Cet ethos philocalique, soucieux de discerner la beauté des œuvres de Dieu, devrait devenir le bien commun de tous les chrétiens. Ce souci est d’ailleurs exprimé chez beaucoup d’artistes. Nous pensons à ce vers de Paul Claudel, dans son poème L’Oiseau noir dans le soleil levant :

« Il n’y a qu’une âme purifiée qui comprendra l’odeur de la rose. »

Célébrer chaque chose dans son évidence et son secret : telle est notre responsabilité en tant que chrétiens, et c’est le sens de cet engagement que nous développons dans notre ouvrage.

41 Mesdames et Messieurs,

42 Malgré notre préoccupation, nous sommes optimistes et confiants dans les trésors de bonté que recèle l’être humain créé à l’image de Dieu pour lui ressembler (Gn 1, 26). Comme nous l’avions exprimé à Venise en 2002 avec le regretté pape Jean-Paul II :

43 « Il n’est pas trop tard. Le monde créé par Dieu possède d’incroyables pouvoirs de guérison. En une seule génération, nous pourrions guider la terre vers l’avenir de nos enfants. Faisons en sorte que cette génération commence maintenant, avec l’aide et la bénédiction de Dieu ! »

44 Mais il convient d’agir vraiment, à tous les niveaux : des Églises, des diocèses, des paroisses, des associations et des personnes, si nous avons un amour responsable pour nos enfants et pour les générations à venir. « Aimer c’est agir », comme le notait dans son journal le poète Victor Hugo, l’avant-veille de sa mort. Finalement, nous prenons conscience que notre attitude face à l’autre, face au prochain et face à l’environnement, est globalement tributaire d’une attitude de respect authentique devant la création divine, et découle de la manière dont nous vivons réellement ou non notre foi en Jésus-Christ, alpha et oméga de toutes choses. »

RÉFÉRENCES DU DOCUMENT
BARTHOLOMÉE Ier,
« De « la divine “ignorance” » à la sauvegarde de la planète. Allocution de Sa Sainteté Bartholomée Ier, patriarche œcuménique de Constantinople. Conférence de presse donnée au Éditions du Cerf (Paris, le 12 avril 2011) », Revue d’éthique et de théologie morale, 2011/2 (n°264), p. 89-97. DOI : 10.3917/retm.264.0089. URL : https://www.cairn.info/revue-d-ethique-et-de-theologie-morale-2011-2-page-89.htm


RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE

1.WHITE Lynn Townsend, « The Historical Roots of our Ecologic Crisis », Science, 10 mars 1967, vol. 155, no. 3767, p. 1203-1207 ; published by the American Association for the Advancement of Science.
Reprinted in A.E. Lugo & S.C. Snedaker (Eds.), Readings on Ecological Systems: Their Function and Relation to Man. New York: MSS Educational Publishing, 1971.

  • Voir aussi :
    The Historical Roots of Our Ecologic Crisis
    , chap. 5 in Machina ex Deo : Essays in the Dynamism of Western Culture, Cambridge, Mass., and London, England, The MIT Press, 1968, p. 75-94;
  • Les Racines historiques de notre crise écologique. Traduction, notes et dossier bibliographiques par Jacques Grinevald. Genève, I.U.E.D., 1984. Réédition revue dans Crise écologique, crise des valeurs? Défis pour l’anthropologie et la spiritualité, Labor et Fides, 2010.

Sur cette question, on peut se reporter aux travaux de Jean BASTAIRE (1927-2013), philosophe, précurseur d’une écologie chrétienne.
On sait que le point de vue de l’historien américain Lynn Townsend WHITE a été discuté, notamment par Fabien REVOL (né en 1978), théologien catholique pour qui il convient de distinguer « maîtrise » et « domination ». Pour lui, « L’homme est appelé à tenir dans le monde la place de Dieu. Le Nouveau Testament montre que cela signifie le servir, appliquant le principe que les premiers seront les derniers. Le chrétien y trouve une vocation écologique ».

Voir aussi, notamment :
LE PRIOL Mélinée, « Église et écologie, histoire d’une prise de conscience », La Croix, 16 février 2017.
CHAMBRAUD Cécile, « « Pour l’Eglise, un demi-siècle d’apprentissage de l’écologie », Le Monde, 16 juin 2015.

2.  Genèse I, 28.
La Sainte Bible, Éditions du Cerf, 1956. Traduction de l’école biblique de Jérusalem.
La Bible, Société biblique de Genève, 2007. Traduction de Louis SEGOND.

3. INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS, « Responsabilités chrétiennes dans la crise écologique. Quelles solidarités nouvelles ?, Xe colloque international organisé par l’Institut supérieur de pastorale catéchétique (ISPC), l’Institut supérieur d’études œcuméniques (ISEO), l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge, l’Institut protestant de théologie, le réseau Église Verte, 22-23-24 février 2021, colloque à distance sur https://www.icp.fr/a-propos-de-licp/agenda/responsabilites-chretiennes-dans-la-crise-ecologique-quelles-solidarites-nouvelles-colloque

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Institut Catholique Paris, entrée du 74, Rue Vaugirard, Paris 5e. © 16 mars 2019. Photographie de Bernard Mérigot/CAD.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°445, lundi 22 février 2021


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Le releveur ENEDIS et l’abonné EDF : une scène de théâtre de l’absurde

L’installation d’un compteur d’électricité Linky ne constitue en aucun cas une obligation. Les anciens compteurs des abonnés au service public de distribution d’électricité sont toujours conformes et fonctionnent très bien. Les relevés périodiques des index de consommation ne posent la plupart du temps aucun problème. Celui-ci peut être effectué par Internet comme ENEDIS le propose sur le site http://espace-client.enedis.fr/le-releve-de-mon-compteur. Mais cela ne marche pas toujours, puisqu’il arrive qu’un releveur se présente pour faire un relevé qui a déjà été fait, et en accusant en plus l’abonné d’un « refus d’accès » parfaitement imaginaire, interprétant à cette occasion une scène de théâtre de l’absurde.

Compteur électrique EDF ACTARIS A14C5

LE CONTEXTE DE LA SCÈNE DE THÉÂTRE

  • 1ère séquence : L’abonné reçoit un courrier postal en date du 19 janvier 2021 l’informant que le relevé de son compteur sera effectué le 29 janvier 2021 entre 08h00 et 12h00. Il est mentionné sur le courrier : « En cas d’absence, pour nous communiquer le relevé de votre compteur, nous vous proposons  (…) de vous connecter au site https://espace-client.enedis.fr/le-releve-de-mon-compteur
  • 2e séquence. L’abonné suit cette procédure et procède à l’envoi de son index à ENEDIS le 29 janvier 2021.
  • 3e séquence : ENEDIS adresse un mail à l’abonné pour accuser réception de la bonne réception de l’index.

 « Bonjour.
Vous avez effectué le relevé en ligne de votre compteur sur le site enedis.fr et nous vous en remercions.
Vous trouverez ci-joint le détail du/des relevés(s) du compteur que vous avez déclaré(s) le 2021/01/29 pour le point de livraison Electricité (PRM ou PDL) (…). Index (…) ».
A bientôt sur notre site
Le service clients d’ENEDIS ».

  • 4e séquence : Malgré cela, le 2 février 2021, un releveur ENEDIS se présente au domicile de l’abonné.

TEXTE DE LA PIÈCE DE THÉÂTRE
Le releveur ENEDIS et l’abonné EDF
Premier acte

La scène a lieu pendant le confinement Covid. (Le releveur est dans la rue. L’abonné lui parle depuis sa fenêtre)

–        Le releveur ENEDIS
Ding. Dong. Je viens pour faire le relevé du compteur.
–        L’abonné EDF
C’est inutile. L’index a été envoyé la semaine dernière à ENEDIS par Internet.
–        Le releveur ENEDIS
(Il regarde son téléphone portable). Le relevé est vide.
–        L’abonné EDF
Ce n’est pas possible. ENEDIS m’a adressé un mail accusant la bonne réception du relevé qui lui a été envoyé. Maintenant, si vous insistez, je peux vous communiquer cet index une seconde fois.
–        Le releveur ENEDIS
C’est un refus d’accès
–       
L’abonné EDF
Votre allégation est mensongère. Je vais envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception au Service Client d’EDF à qui je paye l’électricité.

Le releveur ENEDIS tourne les talons. Il remonte dans son véhicule automobile, garé sur le trottoir, en infraction avec les règles du Code de la route.
L’abonné EDF referme sa fenêtre. Il se dirige vers son ordinateur et commence à écrire sa lettre.

Maquette de scène de théâtre présentée dans le cadre de « Théâtre en utopie », Exposition réalisée par Yann ROCHER (Commissaire) et Xavier DOUSSON (Scénographe), 11 octobre 2014/4 janvier 2015, Le lieu unique, Nantes.  Sur cette exposition, voir Le lieu unique, Programme 2014-2015, p. 67-68. © Photographie Bernard Mérigot.

CONCLUSION.
Les scènes de la vie sont des  fictions visibles qui prennent place sur une autre scène, celle d’une réalité masquée. Elle se donne en représentation en de multiples lieux de spectacle. Mêmes imaginaires, ces théâtres existent comme l’écrit Yann ROCHER pour « fabriquer un récit à part entière ». (1)
Depuis les grandes dérégulations européennes, l’abonné ne reconnait plus les acteurs du service public de l’électricité. Ceux-ci échangent leurs rôles :  fournisseur d’énergie, gestionnaire de réseau, distributeur. Et ce n’est pas fini. D’autres abandons de souveraineté et d’indépendance nationale se profilent en la présente année 2021 dans le cadre du projet gouvernemental Hercule (« Hercule » : choisir un nom pareil, cela ne s’invente pas !). On lira le document ci-dessous :  la pièce n’est pas encore jouée. Il faut sans doute attendre la fin du confinement Covid et la réouverture des théâtres.

RÉFÉRENCES
1. ROCHER Yann, « Théâtres en utopie », Le lieu unique, Programme 2014-2015, Nantes, 2014, p. 67-68.


DOCUMENT


L’ÉLECTRICITÉ EN FRANCE EN 2021
Production, Transport, Distribution, Régulation, Fourniture

Dans une étude juridique, deux avocates Marie-Hélène PACHEN-LEFEVRE et Marianne HAUTON livrent l’analyse suivante.

« Au préalable, on rappellera qu’actuellement les quatre activités composant le secteur électrique sont organisées de la manière suivante :
  • La production d’électricité est une activité ouverte à la concurrence même si la production d’électricité nucléaire fait l’objet d’un régime juridique spécifique, accordant une place centrale à EDF et à l’État.
    Au sein du groupe EDF, c’est EDF maison-mère, elle-même, qui gère l’activité de production nucléaire ; le groupe EDF détient en outre une filiale de production d’énergie renouvelable (EDF Électricité Nouvelle, EDF EN).
  • Le transport et la distribution d’électricité sont des activités qui ne relèvent pas de secteurs concurrentiels puisqu’elles sont exercées dans le cadre de droits exclusifs, de monopoles légaux, respectivement par RTE et Enedis. Si les deux entités sont toutes deux des filiales d’EDF, cette dernière ne détient que 50,1% du capital de RTE à ce jour, tandis qu’Enedis est, pour sa part, une filiale à 100% d’EDF.
  • Ces activités font en outre l’objet d’une régulation nationale, en particulier sur les sujets tarifaires, exercée par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE), outre le contrôle de l’activité de desserte par les autorités organisatrices de la distribution d’électricité (AODE), autorités concédantes des contrats de concession de service public qui les lient à la société Enedis.
  • L’activité de fourniture est également ouverte à la concurrence[2]. Au sein du groupe EDF, c’est là encore EDF elle-même qui gère cette activité. Mais cette activité cohabite avec une branche d’activité commerciale, confiée en monopole à la maison-mère EDF elle-même, s’agissant de la fourniture d’électricité aux tarifs réglementés de vente (TRV), activité également régulée par la CRE et contrôlée par les mêmes AODE.

Elles concluent :

Initié par le Gouvernement d’Édouard Philippe qui a demandé au groupe EDF de réfléchir à sa propre réorganisation, le projet baptisé « Hercule » devrait aboutir dans les prochains mois à un remaniement profond des différentes composantes du secteur électrique français que sont les activités de production, de transport, de distribution et de fourniture d’électricité exercées par le groupe EDF.
Le groupe EDF, détenu à 83,7% par l’État, acteur historique de l’électricité en France, quoique son statut juridique et sa forme ont évolué depuis la nationalisation de l’électricité en 1946, sous le coup du droit de l’Union européenne notamment, demeure à ce jour un acteur central de ces quatre activités.
La présentation officielle du projet Hercule, qui devait initialement être effectuée en fin d’année 2019, a été repoussée à plusieurs reprises, en raison notamment de la prolongation des discussions entre l’État français et les instances européennes.
Si le schéma précis de cette réorganisation demeure, pour l’heure, incertain faute pour l’Etat et EDF d’avoir communiqué clairement sur les options à l’étude, plusieurs pistes semblent se dessiner.
Et, au vu des informations publiées à ce stade dans la presse, l’articulation de ce projet avec le cadre juridique actuel ne peut que générer des interrogations.
RÉFÉRENCES
PACHEN-LEFEVRE Marie-Hélène et HAUTON Marianne, «Réorganisation du groupe EDF : quelles sont les implications juridiques du projet Hercule ? ». http://www.seban-associes.avocat.fr/reorganisation-du-groupe-edf-quelles-sont-les-implications-juridiques-du-projet-hercule/?id=103003

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

  • Maquette de scène de théâtre présentée dans le cadre de « Théâtre en utopie », Exposition réalisée par Yann ROCHER (Commissaire) et Xavier DOUSSON (Scénographe), 11 octobre 2014/4 janvier 2015, Le lieu unique, Nantes.
    Voir Le lieu unique, Programme 2014-2015, p. 67-68. © Photographie Bernard Mérigot.

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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2021/02/04/le-releveur-enedis-et-labonne-edf-une-scene-de-theatre-de-labsurde/

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Voeux pour 2021 de Bernard Mérigot. Le message du rossignol (Frédéric Mistral, Gilles Deleuze, Albert Camus). Anthropologie des voeux de bonne année

« Chaque année, le rossignol revêt des plumes neuves, mais il garde sa chanson » écrit Frédéric MISTRAL (1830-1914) dans son poème Mireille (Miréo). C’est une façon de réfléchir ensemble aux traditionnels voeux de nouvelle année : une année s’achève, une autre s’engage. Qu’est-ce qui se répète ? Qu’est-ce qui diffère ? Cette question a été traitée par Gilles DELEUZE (1925-1995) dans son livre Différence et répétition (1968) dans lequel il note que le concept de différence libre ne se laisse subordonner ni à l’identité, ni à la similitude,  pas plus que le concept de répétition complexe ne se laisse réduire à une répétition matérielle et mécanique. (1) A quoi doit-on prêter le plus l’attention ? Aux plumes neuves qui changent tous les ans ? Ou bien à la chanson qui est la même tous les ans ?

« Chaque année, le rossignol revêt des plumes neuves mais il garde sa chanson». Frédéric MISTRAL (1830-1914). Citation peinte sur un mur, face au musée des Arts et Traditions populaires de Draguignan (Var), 21 août 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

LA NOUVELLE ANNÉE RÉPÈTE-T-ELLE LA PRÉCÉDENTE ?

« Répéter, c’est se comporter (…) par rapport à quelque chose d’unique ou de singulier qui n’a pas de semblable ou d’équivalent. Une chose qui fait écho à « une vibration plus secrète, à une répétition intérieure et plus profonde dans le singulier qui l’anime ». (2) Il faut faire la part entre la répétition collective subie et la différence individuelle assumée. Dans quelle mesure peut-on, dans le cadre d’un acte qui se répète, manifester une différence ? Comment apprécier une oeuvre différente par rapport aux autres et différente par rapport à soi-même, c’est-à-dire qui soit à la fois identique et différente une année par rapport à une autre ?

LES MOTS DES VOEUX

Quelle est la parenté des voeux individuels ? Parce qu’adresser des voeux individuels, c’est pénétrer dans le cercle d’intimité d’une personne. Comme celle des voeux institutionnels, effectués par ceux qui en sont responsables, c’est-à-dire par ceux qui détiennent une autorité, une légitimité ainsi que les moyens financiers qui vont avec, ceux qui occupent la place particulière leur permettant de parler « au nom de… » (administrations, institutions publiques, collectivités territoriales) et qui, au fil des ans, ont dépensé à cette fin, des sommes considérables d’argent public (cartes imprimées luxueuses, envois postaux en nombre, frais de réception souvent somptuaires pour les « cérémonies » de voeux dont certaines – en des temps anciens d’avant Covid 2020, désormais révolus pour une durée incertaine –  constituaient de véritables spectacles avec orchestres, chanteurs, buffets salés et sucrés, boissons…). En ce mois de janvier 2021, la Covid apparue en 2020 a mis un terme à ces rituels et à ces rencontres conviviales qui en constituent la justification sociale, politique et financière.

Quel est le contenu des voeux de nouvelle année qui sont habituellement formulés et échangés ? Qu’il s’agisse de voeux traditionnels écrits sur des cartes, envoyés par courrier postal, téléphonés, écrits sur un téléphone, une tablette ou un ordinateur pour être mis en ligne (Facebook, Twitter, WhatsApp ou tout autre réseau social…). Quels mots ? Quelles idées ? Quelles citations ? Quels auteurs ? Quelles photos ? Quels dessins ?

Les voeux présentent le paradoxe d’être à la fois universels et localisés. Ils sont une illustration ici et maintenant d’un ailleurs et toujours. Ils ont recours très souvent à des citations dont la référence est souvent imprécise (Qui ? Quoi ? Où ?), se servant d’un auteur pour dire en usant de l’autorité d’un autre, d’une façon qui se veut originale en mobilisant « la vulgate de l’impensé », c’est-à-dire tout ce qui circule confusément (d’une façon non référencée) au quotidien et se rattachant à aucun acte de pensée en demeurant allusif, non parvenu à son terme constitué par le fait de penser, et de se penser, par rapport à une historicité évolutive.

BIEN PUBLIC ET BONHEUR INDIVIDUEL

« Le bien public est fait du bonheur de chacun. Avec ces mots d’Albert Camus, la municipalité vous adresse ses meilleurs voeux pour 2021 ». Jean-Marc DEFRÉMONT, Maire de Savigny-sur-Orge ». Carte-dépliant format fermé 10 x 21 cm, p. 2 (Le format ouvert est de 10 x 42 cm). Les deux parties gauche et droite format 10,5 x 10 cm s’ouvrent pour laisser apparaître le texte « Bienvenue en 2011 ». Collection particulière.

La phrase d’Albert CAMUS « Le bien public est fait du bonheur de chacun » est utilisée par le maire de Savigny-sur-Orge pour la carte de vœux pour l’année 2021 qu’il adresse aux habitants de la commune. Quelle est la nature du lien entre le bien et le bonheur ? Comment passe-t-on du collectif à l’individuel, du public au privé ? La réponse se décline en une série d’oppositions : bien/mal, bonheur/malheur, bien public/mal public, bonheur individuel/malheur individuel, bonheur des uns/bonheur des autres. L’un conditionne l’autre, l’un dépend de l’autre.

Puisque nous y sommes invité, poursuivons avec Albert CAMUS et avec sa pensée inspirante (en attendant qu’elle devienne « aspirante ») en cette ère de covidocène dans laquelle nous sommes entrés depuis mars 2020.

« Ne pas céder à la haine, ne rien concéder à la violence […]. Il s’agit au contraire et pour nous de ne jamais laisser la critique rejoindre l’insulte, il s’agit d’admettre que notre contradicteur puisse avoir raison et qu’en tout cas ses raisons, même mauvaises, puissent être désintéressées. »

CAMUS Albert, Essais, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade », 1965, pp. 314-315.

Dire que tout contradicteur peut avoir raison sur celui à qui il apporte une contradiction rappelle un principe magnifique qui ne peut que réjouir ceux qui espèrent en la démocratie.

LES PENSÉES MEURTRIÈRES

Est-ce que citer, c’est penser ? On a envie de répondre « ça peux », mais « c’est pas sûr ». Pas toujours, en tout cas. Des fois. C’est comme un indice, une tentative de dire quelque chose avec autre chose. Une pensée qui n’est pas extérieure, mais qui est en nous, à côté de laquelle nous cheminons ente l’explicité et l’implicité, la simplicité et la complexité aussi, entre mensonges et soupçons, entre vérités et célébrations. Toute pensée qu’elle soit sagesse ou folie, est action sur le monde.

« Nous tuons des millions d’hommes chaque fois que nous consentons à penser certaines pensées. On ne pense pas mal parce qu’on est un meurtrier. On est un meurtrier parce qu’on pense mal. »

Il est évident que les réseaux sociaux numériques du XXIe siècle sont à la fois une attirance à laquelle peu d’hommes et de femmes libres (au sens de l’humanisme développé par Albert CAMUS) résistent pour émettre et diffuser des pensées meurtrières. On ne peut pas dire qu’Albert CAMUS ait anticipé un phénomène à venir, mais il a constaté l’existence d’un phénomène profond.

SOLIDARITÉ, RÉSISTANCE, INVENTIVITÉ

L’actualité de l’année 2021 est marquée par nombre de préoccupations, comme par exemple cette autre trilogie Solidarité, Résistance, Inventivité qui sert de titre à l’éditorial du numéro spécial de Libération des 24-25-26-27 décembre 2021. (3)

  • Foi (Mon Dieu, faites que moi et mes proches passent à côté de la Covid),
  • Espérance (Cette pandémie va bien s’arrêter un jour),
  • Charité (Je pense aux personnels soignants, aux étudiants, aux personnes des EHPAD, aux restaurateurs, aux artistes, aux personnes vulnérables en télétravail ou pas…),
  • Solidarité (Je n’oublie pas ceux qui sont plus malheureux que moi, j’essaie de les aider),
  • Résistance (Nous n’allons pas nous laisser faire),
  • Inventivité (Il y a bien un truc pour s’en sortir).

FOI, ESPÉRANCE, CHARITÉ

Quel est le champ des mots et des idées qui peuvent être utilisés pour formuler des vœux ? Il n’est pas illimité. On retrouve fréquemment ce que la religion catholique désigne sous le nom de « vertus théologales » que sont la Foi, l’Espérance et la Charité : la Foi (la « fides » en latin, la disposition à croire aux vérités révélées), l’Espérance (« spes » en latin, la disposition à espérer la béatitude), la Charité (« caritas » en latin, l’amour de Dieu, de soi-même et son prochain). Elles constituent avec leurs déclinaisons laïques un réservoir pour formuler des vœux.

« La Foi, l’Espérance et la Charité ». Projet d’une peinture en émail sur lave par Achille DEVÉRIA (1800-1857). Extrait de « De l’application des émaux à la décoration des monuments », Magasin Pittoresque, 1841, p. 317. Coll. CAD.

Il y a les voeux-devises. On aurait tort de considérer comme dépassée cette belle trilogie – Foi, Espérance, Charité – illustrée ici en 1841, il y a bientôt deux siècles. La figuration romantique est certes chargée et la représentation un peu convenue, mais le message ne saurait être considéré comme dépassé ou obsolète à l’égard d’autres devises, souvent triples, formulées en guise de voeux de nouvelle année. Étrange transfert technique qui fait ici qu’un émail sur lave est représenté par une gravure sur bois, en seul procédé d’illustration existant en pour imprimer les illustrations du Magasin pittoresque.

Après tout, nous sommes tous des descendants des survivants des grandes pandémies passées (peste, choléra, « grippe » espagnole et autres). L’idée d’une revanche du pangolin, malgré son approximation, est peut-être une réincarnation de la volonté divine qui s’impose aux hommes, une façon de dire que c’est la nature et la Création qui commandent : la nature se venge. Il est plus facile d’affirmer qu’un virus ne pense pas. Il est plus difficile de penser un virus.

CONCLUSIONS

  • Les voeux de nouvelle année sont un exercice paradoxal. Tout mouvement qui vise à les territorialiser rencontre un mouvement inverse de déterritorialisation.  « En politique, ce dont nous avons besoin, c’est d’hommes et de femmes de terrain ». Combien de fois entendons-nous cette phrase qui fait du terrain, de sa pratique et de l’expérience qu’il permet d’acquérir, une vertu cardinale, un critère de partage entre une bonne compétence et une mauvaise incompétence.
  • L’anthropologie sociale, comme les autres disciplines des sciences humaines et sociales qui emploient des méthodes d’enquête semblables, enseignent deux choses essentielles sur la place que tout homme et toute femme occupe : premièrement, ils sont à la fois acteur et témoin du monde ; deuxièmement, leurs présences et leurs interventions modifient le champ social.
  • L’intérêt des crises (la Covid est une crise) est de révéler ce qui demeure latent en période de non-crise. Est-ce le politique qui agit sur le citoyen, ou bien le citoyen qui agit sur le politique ? Qui subit l’autre ? Et qui est en position d’anticiper sur l’autre ?

Bernard MÉRIGOT

« Après 2020 et les temps difficiles… », Carte de voeux du maire de Savigny-sur-Orge (Essonne). Lycée Jean-Baptiste Corot. Carte-dépliant format fermé 10 x 21 cm, p. 1 (Le format ouvert est de 10 x 42 cm). Les deux parties gauche et droite format 10,5 x 10 cm s’ouvrent pour laisser apparaître le texte « Bienvenue en 2011 ». Collection particulière.La pendule indique 17 heures 8 minutes).


RÉFÉRENCES

1. DELEUZE Gilles, Différence et répétition, Presses universitaires de France, 1968, 409 p.

2. DELEUZE Gilles,  p.7.

3. Libération, 24-25-26-27 décembre 2020.

4. CHARTON Édouard (Publié sous la direction de), Le Magasin pittoresque, 1841, Neuvième année, Paris,  p. 316. Projet d’une peinture en émail sur lave par Achille DEVÉRIA (1800-1857). Extrait de « De l’application des émaux à la décoration des monuments », Magasin Pittoresque, 1841, p. 317.
« Cet article et celui de l’histoire des émaux de limoges sont extraits d’un essai de notre collaborateur M. DUSSIEUX sur l’Histoire de la peinture sur émail, essai qui vient d’obtenir une mention honorable à l’Institut, et qui doit être prochainement publié. » (p. 316)


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Chaque année, le rossignol revêt des plumes neuves mais il garde sa chanson». Frédéric MISTRAL (1830-1914). Citation peinte sur un mur, face au musée des Arts et Traditions populaires de Draguignan (Var), 21 août 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • « Le bien public est fait du bonheur de chacun. Avec ces mots d’Albert Camus, la municipalité vous adresse ses meilleurs voeux pour 2021 ». Jean-Marc DEFRÉMONT, Maire de Savigny-sur-Orge ». Carte-dépliant format fermé 10 x 21 cm, p. 2 (Le format ouvert est de 10 x 42 cm). Les deux parties gauche et droite format 10,5 x 10 cm s’ouvrent pour laisser apparaître le texte « Bienvenue en 2011 ». Collection particulière.
  • « La Foi, l’Espérance et la Charité ». Projet d’une peinture en émail sur lave par Achile DEVÉRIA (1800-1857). Extrait de « De l’application des émaux à la décoration des monuments », Magasin Pittoresque, 1841, p. 317. Coll. CAD.
  • « Après 2020 et les temps difficiles… », Carte de voeux du maire de Savigny-sur-Orge (Essonne). Lycée Jean-Baptiste Corot (La pendule indique 17 heures 8 minutes). Carte-dépliant format fermé 10 x 21 cm, p. 1 (Le format ouvert est de 10 x 42 cm). Les deux parties gauche et droite format 10,5 x 10 cm s’ouvrent pour laisser apparaître le texte « Bienvenue en 2011 ». Collection particulière. La pendule indique 17 heures 8 minutes. Collection particulière.

VOEUX DE NOUVELLE ANNÉE/1er JANVIER EN LIGNE SUR  http://savigny-avenir.info

DÉCENNIE 2020-2029

2021. Le message du rossignol (Frédéric Mistral, Gilles Deleuze, Albert Camus. Anthropologie des voeux de bonne année.
2020. La généralisation de l’éthique de la sollicitude, c’est pour cette année ? (Fredrich Nietzsche)

DÉCENNIE 2010-2019

2019.  « L’anthropologie politique doit avoir sa place dans l’espace public » (Friedrich Nietzsche)
2018.  « Contre la fin du monde »  (Paul Valéry et Jean-Claude Schmitt).
2017. « Qui s’y frotte, s’y pique » (Ne toquès mi, je poins)
2016. « L ‘événement n’est pas ce qu’on peut voir, mais ce qu’il devient ».
2015. « Paix, solidarités et espérances durables ».
2014. « Les nouvelles exigences du bonheur citoyen » (John Dewey)
2013. « La démocratie, c’est partout, et tout le temps » (Pierre Mendès-France)
2012. « Que nos pratiques correspondent à nos idéaux »
2011. « En finir avec l’exploitation des peurs et des humiliations »
2010. « Regarder l’année passée aussi bien que celle à venir »

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Covid-19. Anthropologie des nouvelles normalités sociales

«LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°431, lundi 16 novembre 2020

« Confinement, couvre-feu, état d’urgence sanitaire, télétravail, distanciation physique, gestes barrière, port du masque, gel hydroalcoolique, continuité pédagogique, bulles sociales… notre monde à changé », constatent les organisateurs du Festival des Idées consacré aux nouvelles normalités qui se tient les 20 et 21 novembre 2020. (1).
Nous sommes désormais entrés depuis mars 2020 dans une sorte de nouvelle ère, celle du covidocène. Les normalités sociales agissent habituellement de façon invisible. Existant de façon structurante, elles ne sont « révélées » – dans le même sens que celui du processus de la révélation chimique d’une image photographique argentique latente – qu’en deux circonstances :

  • lorsqu’un chercheur, ou une chercheuse, se penche sur elles dans le cadre d’une étude d’un terrain spécifique,
  • ou bien, lorsque qu’un acteur de la vie sociale prend conscience subitement que de nouvelles normalités ont remplacé d’autres normalités disparues.

Toute crise produit l’apparition de nouvelles normalités sociales qui après avoir marqué la vie quotidienne, marquent les actualités médiatiques et les idées et la recherche. C’est dans ce sens que nous devons saisir cette « révélation ». Il appartient pour sa part à l’anthropologie, comme aux autres sciences humaines et sociales, d’éclairer – autant qu’il est possible – les gouvernances hésitantes et confuses du pouvoir politique en France en matière de « guerre » déclarée contre le virus Covid-19. Toutes les guerres provoquant obligatoirement des victimes que l’on qualifiée par euphémisme de « collatérales ».

La fermeture des librairies en octobre 2020, considérées comme des « commerces non-essentiels », aura démontré au monde entier qu’il est plus dangereux sur le plan épidémiologique, de fréquenter une librairie que d’emprunter les transports en commun aux heures de pointe. Tous les pouvoirs autoritaires ont toujours pensé que les livres et les écrits propageaient des maladies qui s’attaquaient à eux.
Le message est paradoxal : on risque davantage d’attraper, ou bien de transmettre, le Covid-19 lorsqu’on achète un livre que lorsqu’on se trouve dans une grande surface, le métro, un bus, un train…
Les livres, les librairies et le bibliothèques sont, depuis l’apparition de l’écriture, des
remèdes sociaux pour « bien des choses » (la solitude, la désespérance, l’ignorance, le savoir, la science, la prière…). Ils sont devenus des  pharmakon (φάρμακον), c’est-à-dire à la fois des remèdes qui guérissent les uns, et des poisons qui peuvent tuer le pouvoir des autres. Étrange et inquiétante idée qui incite à prendre ses distances avec des objets supposés toxiques, et pourquoi pas, à brûler les livres responsables de contribuer la propagation pernitieuse. Il s’agit là du retour d’un refoulé,  prémonition de temps à-revenir.

De tels enchaînements font partie des nouvelles normalités sociales du moment. Quels en sont les fondements ? Constituent-ils des développements inédits ? Quels en sont les arbitres ?

Coronavirus-19. « Dispositif mis en place par la Ville ». Affiche apposée sur la porte de la Mairie de Savigny-sur-Orge (Essonne), 30 mars 2020. © Photographie Bernard Mérigot.

L’ENDIGUEMENT SANITAIRE DES TERRITOIRES

«Suite aux annonces du Président de la République visant à endiguer la propagation du virus Covid-19 sur notre territoire, la municipalité a pris les dispositions complémentaires suivantes, et ce jusqu’à nouvel ordre.»
Ville de Savigny-sur-Orge, 30 mars 2020

Cette simple phrase mérite d’être commentée. Outre le fait que le Président de la République agit ici dans une fonction nouvelle d’ « endigueur » d’épidémie (Que font les pouvoirs publics ? Il endiguent, Monsieur), on notera qu’elle s’applique à « notre territoire », comme si cette notion était pertinente au regard de la propagation d’un virus. Pour la raison simple qu’à côté d’un territoire, il y a un autre territoire, et puis un autre encore… De proche en proche, la succession d’entités limitrophes, fait qu’il y a toujours un second territoire derrière un premier. Il est souhaitable que s’y trouve chaque fois des endigueurs, tous également déterminés, formant une chaîne continue de protection. Le pire est à craindre lorsqu’une commune devient un maillon faible et se révèle défaillante : la chaîne se rompt. L’État globalement défaillant par nature, saura dire par médias interposés, que ce n’est pas de sa faute, mais celles « des autres », triste preuve d’insolidatité républicaine.

Maintenant, « notre territoire » est la marque de l’obéissance à la règle de compétence administrative qui fait qu’un maire et son conseil municipal ne sont compétents que dans la limite du territoire de leur commune. Se pose ici la question de la géométrie de l’action publique. La commune est-elle pertinente dans le cadre d’une urgence sanitaire mondiale ? Que peut-elle ? Qu’en-est-il dans le cas présent de l’intercommunalité (GOSB), du département (Conseil général de l’Essonne), de la région (Conseil régional d’Ile-de-France), de la Métropole du Grand Paris (MGP) ? Qui fait quoi ? La question se prolonge jusqu’au Parlement européen et à la Commission européenne, instances bien silencieuses dans la crise du Covid-19, et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), conforme à la réalité de toutes les organisations internationales dont la vraie devise est à ce jour dans ce domaine de l’endiguement, « Prestige et inefficacité ».

Alors, il reste les pauvres communes, avec leurs pauvres moyens, sans cesse rabotés par l’État, pour tenir le choc face aux attaques du virus. C’est sur elles que se décharge tous les jours un État prometteur et défaillant, limitant à chaque instant leurs pouvoirs et critiquant l’insuffisance de leurs actions. Rappelons que le maire de Sceaux a prit en mars 2020 un arrêté municipal pour imposer le port du masque dans la rue. L’État lui adressa-t-il ses félicitations? Non, le préfet attaqua l’arrêté devant le Tribunal administratif qui prit un jugement pour l’annuler.
Il est vrai que c’était à une époque ou la Secrétaire d’État à l’information se répandait à la télévision pour expliquer que « les masques ne servaient à rien », et que de toute façon, « elle ne savait pas comment le mettre ».
Combien de vies auraient-elles pu être sauvées, à Sceaux et dans les environs, si cette obligation avait été exécutée ?

CRISES ET NOUVELLES NORMALITÉS

« Les normalités sociales sont en construction permanente, elles sont mouvantes et plurielles », relèvent Raphael COSTAMBEYS-KEMPCZYNSKI, directeur du Festival des idées, délégué général de l’Alliance Sorbonne Paris Cité et Thomas STOLL, responsable du Festival des idées Paris, chef de projet communication scientifique à Université de Paris. (1). Pour eux, cette problématique ne se limite pas à la question de la pandémie du Covid-19. Elle a été précédé avant 2020 par des formes de militantisme comme Extinction Rebellion, Black Lives Matter, #MeToo… qui ont fait émerger de nouvelles normalités. Ils notent l’attente d’un retour à la vie d’avant, « sans masques, sans distanciation sociale, sans clusters ». Mais, interrogent-ils, « un retour à la normale est-il possible ? ». Nombre d’ anciennes normalités appartiennent à un monde qui n’est plus. Quelles seront les nouvelles normalités ?

  • Pendant la crise, les sociétés du monde sont réceptives à un changement d’usage immédiat pour faire face à la menace.
  • Après la crise, le temps s’inscrit dans une démarche longue qui suppose l’acceptation que le monde a fondamentalement changé.
  • Les nouvelles normalités de demain ne pourront se déprendre de l’acceptation que l’état de crise est devenue une réalité permanente, sans cesse recommencée.

QU’ENTEND-T-ON PAR « NORMALITÉS SOCIALES » ?

Une norme sociale est définie par la Sociologie ainsi : « Principe ou modèle de conduite propre à un groupe social ou à une société.» (2)

Les normes sociales :

  • sont conformes à ce qui est communément admis et légitimé par le système de valeurs propre à chaque société ou à chaque groupe social. Les normes sociales
  • sont intériorisées par les individus au cours de la socialisation et régulent les comportements par des sanctions positives ou négatives, formelles ou informelles, quand il y a transgression ou non-conformité.»

La normalité est ce qui est conforme, ce dont on a l’habitude, ce qui ne surprend pas, ne dérange pas, n’attire pas la curiosité. C’est la règle à suivre. dans laquelle la culture croit que réside son équilibre par rapport à ce qui relèverait de normes universelles. Comment alors saisir la genèse des phénomènes sociaux, que ce soit l’action orientée vers autrui de Max. Weber, les faits sociaux de Émile Durkheim, les structures sociales de T. Parsons ou de Pierre. Bourdieu, la rationalité de l’acteur de Raymond. Boudon, l’ordre social interactif d’Erwin Goffman, ou encore de l’ethno méthodologie ? Pour l’anthropologie sociale la normativité demeure une spécificité mouvante des sociétés humaines, avec sa part de lumière visible et d’obscurité cachée. (3)

COVID-19 (2020)
LES NOUVELLES NORMALITÉS
CULTURELLES, SOCIALES ET POLITIQUES

Lorsque les organisateurs des Nouvelles normalités remarquent que « la sidération passée, la pandémie et ses conséquences ont créé de nouvelles formes de normalité », ils notent 5 questions :

  • Jusqu’à quel point les vies des survivants sont-elles aujourd’hui bouleversées ?
  • Quelle mémoire l’humanité conserve-t-elle des pandémies passées ?
  • Qui sont les plus vulnérables à une crise sanitaire ?
  • Peut-on se satisfaire de la façon dont les médias traitent l’information ?
  • L’état de crise permanente (vivre pour toujours avec le virus) est-il devenu une nouvelle normalité mondiale ?

La crise nous demande de repenser notre monde dans tous les domaines : conditions sanitaires, migrations, écologie, durabilité, anthropocène, jeunesse, éducation, enseignement…

En sommes-nous capables ? Pour y répondre, six séries de questions.

  1. Égalité ou inégalité des victimes ?
  2. Crise inédite ou bien répétition de crise ancienne ?
  3. Le traitement des animaux par l’homme doit-il changer ?
  4. Une « bonne gestion » de la crise est-elle possible ?
  5. Quels imaginaires pour penser le monde d’après ?
  6. La sciences et les médias sont-il deux mondes en conflit ?

Covid-19. Fermeture des églises. Message de Mgr Michel PANSARD, évêque d’Évry Corbeil-Essonnes en date du 18 mars 2020, et Message du Père Thierry DAVID, curé de Savigny-sur-Orge. Documents affichés à la Maison paroissiale Bonne nouvelle, 10 mai 2020. Depuis cette date, les églises ont rouvert, puis tout en restant ouvertes (pour prier) ont été interdites (pour les cérémonies). © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

I. ÉGALITÉ OU INÉGALITÉ DES VICTIMES DEVANT LE VIRUS

À première vue la Covid-19 frappe tout le monde, sans distinction. Mais rapidement médecins et chercheurs relèvent de fortes inégalités entre les classes sociales atteintes (métier, territoire, sexe, ethnicité…). Les plus pauvres et les plus défavorisés sont les plus atteints.

  • En quoi notre environnement et nos conditions de vie font-ils de nous des personnes à risque ?
  • Comment expliquer les disparités entre zones géographiques ?
  • De quelles manières la crise et le confinement touchent-ils les plus précaires ?

II. CRISE INÉDITE OU BIEN
RÉPÉTITION DE CRISE ANCIENNE ?

De la peste de Justinien à Rome à la Covid-19, en passant par la peste bubonique, la variole ou la grippe espagnole, les grandes pandémies seraient porteuses d’enseignements. La sidération générée par la pandémie et par le confinement a rapidement engendré la croyance en un « monde d’après ».

  • Y a-t-il un héritage des pandémies du passé ?
  • Qu’est-ce que l’histoire des pandémies peut-elle nous apprendre ?
  • L’espérance d’un monde d’après, différent de celui d’avant, est-elle une illusion déjà vécue par l’humanité ?
  • A quelle mémoire des pandémies doit-on se référer pour penser la crise présente, penser l’après-crise, et éviter – ou minimiser – de nouvelles crises ?

III. LE TRAITEMENT DES ANIMAUX
PAR L’HOMME DOIT-IL CHANGER ?

On ne compte plus le nombre de virus transmis de l’animal à l’homme. Le Covd-19 a assuré la notoriété du pangolin. Aujourd’hui l’élevage et la pêche intensive détruisent l’environnement et la biodiversité : le nombre d’espèces qui disparaissent chaque jour ne fait qu’augmenter. Quant-à la souffrance animale est de plus en plus mal supportée et la soumission de l’animal à l’homme fait débat.

  • La nouvelle normalité alimentaire est-elle d’arrêter de manger de la viande ?
  • Tous les animaux sont des êtres sensibles. Faut-il en finir avec toute les domestications animales ?

 IV. UNE « BONNE » GESTION POLITIQUE
DE LA CRISE EST-ELLE POSSIBLE ?

Saluée ou critiquée, l’action des États pose de multiples questions de la part des citoyens, exclus des décisions (ou de l’absence des décisions) prises par les politiques.

  • La peur est- elle nécessaire pour gérer une pandémie ?
  • La politique qui vise à « rassurer l’opinion publique » est-elle démocratiquement judicieuse ?
  • Faut-il mentir pour éviter la panique ?
  • Le confinement est-il la seule solution la plus efficace ?
  • Les systèmes de santé sont- ils en mesure d’être réformés par les gouvernements ?
  • La centralisation française et les politiques d’austérité peuvent-elles être remises en cause?
  • La situation est-elle mieux gérée ailleurs dans le monde ?
  • Les instances européennes et L’Organisation Mondiale de la Santé ont-elles fait la preuve de leur efficacité ?

V. QUELS IMAGINAIRES POUR PENSER LE « MONDE D’APRÈS »

Virus, épidémies, armes nucléaires, astéroïdes, glaciation, planète de singes, monstres nés d’expérimentations… Autant d’imaginaires de fin du monde développés par d’innombrables films, séries télévisées et jeux vidéos.

  • Pourquoi les récits de catastrophes sont-elles aussi fascinants ?
  • Ont-ils une influence sur notre perception du monde ?
  • La pandémie actuelle peut-elle changer notre regard à l’égard des récits de fiction ?

 VI. LA SCIENCE ET LES MÉDIAS
SONT-ILS DEUX MONDES EN CONFLIT ?

Objets d’une médiatisation sans précédent, les experts scientifiques ont été à la fois utilisés et instrumentalisés par les médias.

  • Le temps des médias et le temps de la science sont-ils compatibles ?
  • Les médias favorisent-ils les débats scientifiques ou bien les empêchent-ils ?
  • De quelle manière des connaissances scientifiques sont-elles transférées vers les médias ?
  • Les scientifiques sont-ils capables de s’adresser au public (qui ne sont pas leurs étudiants d’université) autrement que pour promouvoir leurs derniers livres publiés ?
  • Les journalistes sont-ils en mesure de rendre compte de sujets dont ils ignorent (presque) tout ?
  • Comment les scientifiques organisent-ils le traitement entre eux de leurs propres connaissances en construction ?

Covid-19 et transports en commun. « Nous recommandons aux personnes sensibles ou fragiles de rester autant que possible à leur domicile ». Écran d’information de la SNCF/RER C, Gare de Savigny-sur-Orge, 17 mars 2020, 09 H 25. Le mot d’ordre est un lapsus. Il dit maladroitement ce qu’il n’ose pas dire avec perversité. Si nous étions dans un feuilleton télévisé, à la place de « Bonjour chez-vous », ce serait « Restez chez-vous ». Triste et scandaleux programme politique d’un État désemparé dont l’idéal économique et social est celui d’un vaste camp éclaté de télétravailleurs et de télétravailleuses à domicile, parsemé au quotidien d’îlots de travailleurs « essentiels » . © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

CONCLUSION

LE FATALISME CONTRAINT

La Covid-19 pose la question de la prise en compte de la pertinence – et de la légitimité – du regard de l’anthropologie sur la médecine et sur la santé publique.

« Les progrès récents de la médecine et de l’anthropologie amènent à s’interroger sur les relations et les apports mutuels de ces deux disciplines. L’anthropologue s’intéresse à la diversité humaine et l’étude de l’homme dans sa complexité, ses variations dans le temps, dans l’espace. L’analyse de l’évolution de la diversité humaine en rapport avec des accidents écologiques ou des événements historiques est de nature à permettre une extrapolation vers le futur d’événements actuels » (TELMON, SAVALL et ROUGÉ, 2015) (4)

La pandémie Covid-19 apparue en 2020, constitue un accident écologique mondial qui a établi de nouvelles normalités sociales affectant subitement les modes de vie, le travail, les rapports avec les autres… Elles se sont imposées comme « naturellement » acceptables, et acceptées « avec résignation » par nos sociétés de ce début du XXIe siècle. Tout du moins jusqu’à ce jour.

Il est désormais dans l’ordre des choses que presque tous les membres d’une famille, d’une entreprise, d’une collectivité, d’un établissement scolaire, d’un EPAD… soient subitement atteints par le virus, avec cette part irréductible d’incertitude relevant de l’âge et de la vulnérabilité, unissant à un moment originel, pour les séparer ensuite :

  • le porteur asymptomatique,
  • le « cas contact » dans l’attente anxieuse des résultats de son test,
  • le malade « léger » assigné à domicile,
  • le patient hospitalisé, qu’il soit en réanimation, en voie de guérison, ou pire, en attente d’une issue fatale.

Ce dernier cas, lorsqu’il survient, possède une double réalité :

  • une réalité humaine, infiniment tragique pour ses proches,
  • une réalité statistique, froidement mécanique, pour les gestionnaires de la santé publique qui inscrivent alors dans les états quotidiens qu’ils tiennent : « un lit de réanimation libéré ».

La crise Covid-19 a mis en lumière les errements des administrations et des élus, désemparés, se contredisants les uns les autres au fil des semaines (« c’est une grippette/c’est une maladie mortelle », « les masques ne servent à rien/ils sont obligatoires », « les tests sont inutiles/ils sont obligatoires », « les commerces peuvent demeurer ouverts/doivent fermer », « tous les établissements scolaires doivent être ouverts…), changeant d’avis chaque jour, sur les lieux, les dates et les heures de confinement, de dé-confinement et de couvre-feu.

Toutes ces réalités vécues induisent de nouvelles normes sociales. Globalement respectées, elles demeurent porteuses d’interrogations à l’adresse des gouvernants sur les trois temps du passé, du présent et du futur. Elles ne recueillent que le silence. Pourquoi rien n’a été prévu avant ? Quelle est la logique démocratique partagée qui est à l’oeuvre aujourd’hui ? Qu’est-ce qui est prévu pour demain ?

« De plus en plus souvent les maladies ou les prédispositions se définissent par un écart à la norme. Mais quelle norme, pour quelle population, voire pour quel individu ? » interrogeaient en 2015 les trois chercheurs déjà cités.
Ils poursuivaient : « L’approche anthropologique essaie de mesurer la normalité dans une population, en ce sens elle apparaît complémentaire de la médecine notamment préventive et peut permettre d’affiner des décisions de santé publique. L’anthropologie peut être une aide à la détermination et/ou l’actualisation des normes biomédicales, amenant à s’interroger de plus en plus souvent sur la méthodologie de constructions scientifiques de ces normes. »

Force est de considérer que leurs recommandations n’ont pas été entendues. C’est dommage. Elles sont toujours d’actualité. Seront-elles prises en compte ? Et quand ?

Bernard MÉRIGOT


« Derrière notre masque, on vous attend avec le sourire ». Panneau posé à l’entrée d’un restaurant lors après la fermeture des restaurants durant le premier confinement Covid-19 (mars -11 mai 2020), Restaurant La Villa, Saint-Jean-de-Monts (Vendée), 23 juin 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD. « Chers clients, Dans le contexte actuel, nous mettons tout en œuvre pour vous sentir dans les meilleures conditions. Ici, nous sommes 15 employés à l’année. Nous n’avons pas augmenté nos tarifs, aucun changement de notre carte été. Merci de votre confiance. Derrière notre masque, on vous attend avec le sourire. » Depuis cette date, les restaurants ont été à nouveau fermés…

 


DOCUMENT

NORMES ANCIENNES, NORMES NOUVELLES
Citations

  • Notre existence pré- Covid-19 n’était pas « normale », à moins que nous considérions « normalité » la cupidité, l’inéquité, l’épuisement, le burn- out, la déconnexion, la confusion, la rage, la thésaurisation, l’avidité, la haine et le manque.
    Sonya Renee TAYLOR, artiste, poète, activiste
  • Nous avons besoin de normes pour que le monde fonctionne, mais nous pouvons chercher des normes qui nous conviennent mieux.
    Judith BUTLER, philosophe
  • La vie est ainsi faite que ce qui arrive ne ressemble jamais à ce qu’on en attendait.
    Charlotte BRONTË, romancière
  • La normalité demeure une question relative à une époque et à une civilisation. Or chaque culture a tendance a croire que son équilibre est la norme universelle.
    Fernand OUELLETTE, écrivain, poète
  • Il n’y aura pas de retour à l’ancienne normalité dans un avenir prévisible.
    Tedros Adhanom GHEBREYESUS, directeur général de l’OMS
  • Tout organisme pour s’adapter doit innover, tenter une aventure hors de la norme, engendrer de l’anormalité afin de voir si ça marche, car vivre, c’est prendre un risque.
    Boris CYRULNIK, neuropsychiatre
  • Si le confinement a eu un effet, c’est de nous déconfiner de cette idée d’une voie unique vers le progrès.
    Bruno LATOUR, sociologue, anthropologue et philosophe des sciences
  • Toute la question maintenant est celle de la durabilité de la prise de conscience et de la volonté de faire autrement.
    Cynthia FLEURY, philosophe, psychanalyste
  • Quelquefois ces éclairs de normalité m’arrivent de côté comme des embuscades. L’ordinaire, l’usuel, un rappel, tel un coup de pied.
    Margaret ATWOOD, romancière, poétesse, critique littéraire
  • En tant que président, je serai comme le candidat que je suis, un candidat normal à une présidence normale, au service de la République.
    François HOLLANDE, ancien Président de la République
  • Il n’y a pas de normes. Tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n’existe pas.
    Fernando PESSOA, écrivain, critique littéraire, poète
  • Ne baissez pas vos normes pour quoi que ce soit ou pour n’importe qui.
    RIHANNA, artiste, musicienne
  • La société, ce sont tous ceux qui alimentent le système et la conviction que la normalité est la seule voie possible.
    Claire FAVAN, romancière
  • Si tout un chacun respecte les règles en vigueur et se plie aux normes, c’est toute la société qui se retrouve normale et qui stagne.
    Bernard WERBER, écrivain
  • La normalité est une expérience plus extrême que ce que les gens veulent communément admettre.
    David CRONENBERG, artiste, cinéaste
  • Luttez pour les choses qui vous tiennent à cœur, mais faites-le d’une manière qui amènera les autres à vous rejoindre.
    Ruth Bader GINSBURG, avocate, juge, membre de la Cour suprême des États-Unis

L’ours en peluche géant, nouveau marqueur de distanciation sociale. Matérialisation des « chaises barrières » sur lesquelles il ne faut pas s’asseoir, au lendemain du premier confinement Covid-19. Terrasse du  Café Restaurant Brasserie « Le Choupinet », 58 boulevard Saint-Germain/2 place Edmond Rostand, Paris 6e, 24 septembre 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

 

A la fin de l’année 2018, des ours en peluche sont apparus à la terrasse de cafés dans des quartiers de Paris, notamment aux Gobelins. Les raisons sont diverses. Voir l’article : « Invasion de nounours géants dans le quartier des Gobelins à Paris », Le Figaro, 22 novembre 2018.
https://www.lefigaro.fr/sortir-paris/2018/11/22/30004-20181122ARTFIG00099-invasion-de-nounours-geants-dans-le-quartier-des-gobelins-a-paris.php
Après les huit semaines du premier confinement Covid-19  (17 mars – 10 mai 2020), la question respect des distances-barrières à respecter s’est posée dans les lieux recevant du publics. La présence des ours en peluche a pris un nouveau sens, rappelant l’obligation gouvernementale de respecter « ses distances », et donc de ne pas s’asseoir sur certaines chaises. Puis les terrasses ont été à nouveaux fermées…

RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE

1. COSTAMBEYS-KEMPCZYNSKI Raphaël et STOLL Thomas, « Confinement, couvre-feu, état d’urgence sanitaire, télétravail, distanciation physique, gestes barrière et bulles sociales : notre monde a changé », Présentation de Nouvelles normalités, Festival des idées, Alliance Sorbonne Paris Cité, 20-21 novembre 2020.

2. ALPE, Y., LAMBERT, J.-R., BEITONE, A., DOLLO, C., et PARAYRE, S., Lexique de sociologie, Paris, Dalloz, 2007, p. 204
Voir aussi :

3. RAMOGNINO Nicole, « Normes sociales, normativités individuelle et collective, normativité de l’action », Langage et société, 2007/1 (n° 119), p. 13-41. DOI : 10.3917/ls.119.0013. URL : https://www.cairn-int.info/revue-langage-et-societe-2007-1-page-13.htm

4. TELMON N., SAVALL F. et ROUGÉ D, « Apport des méthodes scientifiques de l’anthropologie à la médecine et la santé publique », 26 juin 2015, Ethics, Medecine and Public Health/Éthique, Médecine et politique publiques de Santé, Elsevier Masson, Vol. 1, n°2, avril 2015, p. 248-251. https://www.em-consulte.com/article/987166
UMR 5288 CNRS, Laboratoire d’anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse, Université Paul-Sabatier, 37, allée Jules-Guesde, 31073 Toulouse Cedex, France.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Coronavirus-19. « Dispositif mis en place par la Ville ». Affiche apposée sur la porte de la Mairie de Savigny-sur-Orge (essonne), 30 mars 2020. © Photographie Bernard Mérigot.
  • Covid-19. Fermeture des églises. Message de Mgr Michel PANSARD, évêque d’Évry Corbeil-Essonnes en date du 18 mars 2020, et Message du Père Thierry DAVID, curé de Savigny-sur-Orge. Documents affichés à la Maison paroissiale Bonne nouvelle, 10 mai 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • Covid-19 et transports en commun. « Nous recommandons aux personnes sensibles ou fragiles de rester autant que possible à leur domicile », Écran d’information de la SNCF/RER C, Gare de Savigny-sur-Orge, mars 2020, 09 H 25. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • Covid-19. Restaurants ouvert. « Derrière notre masque, on vous attend avec le sourire ». Panneau posé à l’entrée d’un restaurant lors après la fermeture des restaurants durant le premier confinement Covid-19 (mars -11 mai 2020), Restaurant La Villa, Saint-Jean-de-Monts (Vendée), 23 juin 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
    « Chers clients, Dans le contexte actuel, nous mettons tout en œuvre pour vous sentir dans les meilleures conditions. Ici, nous sommes 15 employés à l’année. Nous n’avons pas augmenté nos tarifs, aucun changement de notre carte été. Merci de votre confiance. Derrière notre masque, on vous attend avec le sourire ».
  • L’ours en peluche géant, nouveau marqueur de distanciation sociale. Matérialisation des « chaises barrières » sur lesquelles il ne faut pas s’asseoir au lendemain du premier confinement Covid-19. Terrasse du  Café Restaurant Brasserie « Le Choupinet », 58 boulevard Saint-Germain/2 place Edmond Rostand, Paris 6e, 24 septembre 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

ARTICLES EN LIGNE RN LIGNE SUR LE SITE http://mieuxaborderlavenir.fr
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La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°431, lundi 16 novembre 2020


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Coupures volontaires d’électricité. ENEDIS traite avec une légèreté cynique ses abonnés

Les abonnés aux services publics d’électricité, d’eau, de gaz… ont-ils droit à un service continu de distribution, ou bien sont-ils soumis au bon vouloir des fournisseurs d’énergie ? Telle est la question qui se pose à propos des arguments que l’entreprise utilise pour annoncer ses suspensions temporaires de la fourniture d’énergie.

« Afin d’améliorer la qualité de la distribution électrique… », ou comment ENEDIS annonce qu’il coupe le courant pendant cinq heures, et crée ainsi pour les abonnés concernés, un mercredi noir le 7 octobre 2020. Lettre en date du 10 septembre 2020.

ENEDIS, par un courrier en date du 10 septembre 2020 (posté le 11 septembre, et distribué dans les boîtes à lettres par La Poste, le 15 septembre), informe un certain nombre de ses abonnés d’une coupure de courant

le mercredi 7 octobre de 9 H 00 à 14 H 00,

soit pendant une durée de cinq heures.

Cinq heures. Nous sommes en en automne, et le service de la météorologie nationale annonce une température comprise entre 10° à 17° durant la journée.

Cinq heures :

  • sans chauffage électrique (même une chaudière à gaz ou à bois a besoin d’électricité pour fonctionner),
  • sans interphone, sans gâches électriques, sans ascenseur,
  • sans réfrigérateur ni congélateur,
  • sans lumière, sans télévision, sans radio,
  • sans eau chaude,
  • sans Internet, sans téléphone, sans mails, sans ordinateur, sans imprimante : donc privé de télétravail,
  • sans cuisine,
  • sans boisson chaudes…

Le motif de la « réalisation de travaux sur le réseau électrique » est avancé comme une fatalité insurmontable à laquelle tout le monde doit se résigner.

Il est surprenant que « l’électricité en réseau », le slogan d’ENEDIS qui figure sur son en-tête, ne permette pas, grâce à ses multiples maillages, une alimentation transitoire de secours.

Les usagers sont traités avec une légèreté cynique par un distributeur, seul maître à bord. J’allume. J’éteins. Ah, si j’éteins, c’est parce que j’y suis obligé, pour votre bien. Ca sera mieux demain. Vous verrez. Après tout, cinq heures, dans le froid et dans le noir, c’est pas le bout du monde.
Ce qui correspond à une relation de domination que l’on qualifiait, en d’autre temps, de relation coloniale : Ce que j’exécute est conforme àtre condition : elle est de subir mon bon vouloir.

Ce mercredi 7 octobre 2020 sera un mercredi noir. Il a un coût financier, humain, social, sanitaire.
Sans que l’on sache si toute la commune est touchée par ce courrier, et cette rupture de la continuité d’alimentation électrique, ou bien seulement certaines rues, et certains quartiers.
Sans que l’on sache combien de foyers et d’habitants sont concernés.Les commerces et les artisans sont-ils touchés comme les particuliers ?
La commune est occupée par de multiples chantiers de construction d’immeubles. Les grues en constituent les repères géographiques. Ces chantiers de BTP, qui sont de gros consommateurs d’électricité (les grues et les multiples machines électriques) seront-ils privés d’électricité et de travail ? Il serait discriminatoire que certaines catégories d’usagers soient concernés et pas d’autres.


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Afin d’améliorer la qualité de la distribution électrique… », ou comment ENEDIS annonce qu’il coupe le courant pendant cinq heures, créant ainsi pour les abonnés concernés  un mercredi noir le 7 octobre 2020. Lettre en date du 10 septembre 2020.

Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
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Laudato Si’ : une invitation à pratiquer la sobriété et à consommer autrement (Université d’été du Service national de la mission universelle de l’Église)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°417, lundi 10 août 2020

Ce que l’on appelle « l’écologie », en ce début de XXIe siècle, n’est  en rien un mouvement unitaire. L’histoire du concept traverse les clivages politiques et religieux. Pour l’Église catholique, l’encyclique Laudato Si’ (2015) du pape François a constitué une prise de position historique. Elle se fonde sur un important socle de références à la Bible et aux Écritures et anime les réflexions théologiques. Elle constitue une remise en cause du modèle de développement capitaliste néolibéral que nous nous connaissons aujourd’hui. Elle convoque tous ceux qui partagent et pratiquent une même foi afin de modifier leur comportements et de faire évoluer les comportements des autres. De très nombreuses rencontres et formations sont organisées régulièrement. Elles constituent la partie visible de réseaux qui confrontent de façon ouverte, les expériences vécues selon des modalités concrètes. Comme l’université d’été autour de Laudato Si’ qui se tient à Lyon du 24 au 28 août 2020. (1)

Domaine Saint-Joseph. Université d'été 2020

« Laudato Si’ : une invitation à la sobriété. Consommer autrement », Université d’été organisée par Service national de la mission universelle de l’église (SNMUE) et le Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI) du 24 au 28 août 2020 au Domaine Saint Joseph à Lyon.

Laudato Si’
À L’HEURE DE LA CRISE COVID 19

« L’invitation à la sobriété et à d’autres modes de consommation pour que soit vécu Laudato Si’ dans toutes les communautés catholiques est un thème qui nous relie à la crise actuelle de la crise de la Covid 19. Cette démarche, qui est en cours de la Conférence des évêques de France, nous donne des raisons de réfléchir ensemble sur ce qui doit changer pour que le monde devienne un espace de vie harmonieux et heureux pour tous et pour les générations futures. » (2)

« Laudato Si’: une invitation à pratiquer la sobriété et à consommer autrement » est le thème choisi pour l’université d’été organisée chaque année par le Service national de la mission universelle de l’Église (SNMUE) à la fin du mois d’août. Elle est destinée à offrir un temps de formation aux membre de son réseau. Elle est co-organisée cette année avec le Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI). (3)

UNIVERSITÉ D’ÉTÉ 2020
Laudato Si’
Invitation à pratiquer la sobriété et à consommer autrement

  • Introduction à la réflexion en présentant les grandes questions que pose notre modèle de société, en lien notamment avec la crise sanitaire de la Covid 19.
  • Réflexions sur la sobriété heureuse comme mode de vie et de consommation alternatif.
  • Propositions de la société civile et de l’Église pour une autre façon de vivre
  • Visites de terrain, à la rencontre des acteurs engagés dans des expériences écologiques.
  • Engagements concrets à proposer dans les diocèses et communautés.

PROGRAMME

Lundi 24 août 2020

  • Mot d’accueil, par Mgr DUBOST.
  • Introduction et mise en perspective et résultats attendus, par le Père Carlos CAETANO.
  • Après la pandémie de la Covid 19, où en sommes-nous ?, par Gaël GIRAUD.

Mardi 25 août 2020

  • Laudato Si’ : un appel à la conversion écologique, par Emmanuel LAFONT et Fabien REVAL.
  • Sobriété heureuse : de quoi parle-t-on ?, par Elena LASIDA.
  • La fresque du climat. Atelier participatif expliquant le climat et son dérèglement avec la rigueur scientifique du GIEC.

Mercredi 26 août 2020

  • Visite de la Maison de Lorette où vécut Pauline JANICOT.
  • Visite d’initiatives d’Églises écologiques.

Jeudi 27 août 2020

  • Consommer autrement, par Marie-Hélène LAFAGE.
  • Consommer autrement. L’alimentation, par Benoît-Joseph PONS.
  • Le rôle des médias alternatifs, par Bernard SALAMAND.

Vendredi 28 août 2020

  • Quelles implications pour notre mission ?

LE DOMAINE SAINT JOSEPH DE LYON
Une biodiversité préservée

L’université d’été « Laudato Si’ : une invitation à la sobriété, consommer autrement » se tient au Domaine Saint Joseph à Lyon (Rhône). Une occasion de s’y arrêter un instant.

Parc du domaine Saint-Joseph à Lyon (Rhône). Photo extraite de https://www.domaine-lyon-saint-joseph.fr/

Le lieu où se tient une réunion de formation, d’étude et de réflexion, que celle-ci soit sur un sujet culturel, spirituel, politique, social… n’est jamais indifférent. Son choix est porteur de sens : il met en rapport des hommes et des femmes se retrouvant pour passer un temps en commun, dans un lieu marqué par une histoire et par ses évolutions.

L’histoire du Domaine Saint‐Joseph débute en 1926, sur les terres de l’archidiocèse de Lyon où une grande bâtisse est construite en plein cœur de la verdure. Le lieu, propice à la tranquillité, accueille des séminaristes de la région lyonnaise venus étudier la philosophie. Au fil des décennies, des groupes confessionnels (prêtres, religieux et laïcs) s’y retrouvent pour des retraites spirituelles, des rencontres des mouvements de l’Église, mais aussi des réunions syndicales et des formations professionnelles.

En 2005, l’archevêque de Lyon décide d’ouvrir le domaine à tous pour offrir un service d’hôtellerie‐restauration tout en conservant l’accueil de groupes confessionnels. En 2019, des travaux de rénovation et de modernisation sont entrepris dans les espaces communs et les salles de réunion. Le séminaire d’autrefois se transforme en un hôtel 3 étoiles moderne de 100 chambres. L’équipement technologique est totalement repensé (Wifi, TV avec VOD, écrans personnalisables dans les espaces communs…) ainsi que la restauration. Sa cuisine peut servir 400 repas. Un parc d’accrobranche est créé dans l’espace boisé du Domaine.

Le Domaine Saint‐Joseph s’étend sur 5 hectares situé au cœur de l’ensemble forestier de Francheville. Son parc comprend un espace boisé classé de 1,5 hectares. Il est régulièrement traversé par des animaux sauvages. La préservation de la biodiversité est une priorité. Aucune construction n’y est donc autorisée et la biodiversité y est préservée. Le parc fait l’objet d’une expertise arboricole annuelle, et chaque arbre est suivi individuellement.


RÉFÉRENCES DE l’ARTICLE

1.SERVICE NATIONAL DE LA MISSION UNIVERSELLE DE L’ÉGLISE (SNMUE), « Laudato Si’: une invitation à la sobriété, consommer autrement », Université d’été du lundi 24 août au vendredi 28 août 2020, Domaine Saint-Joseph , 38 allée Jean-Paul II – 69110 Sainte-Foy-lès-Lyon. https://mission-universelle.catholique.fr/mission-universelle/sessions/302622-universite-dete-2020/

2. Cité par le Père Dominique LANG sur son site  : http://eglisesetecologies.com
LANG Dominique,
« Rendez-vous : L’écologie comme une mission », Églises et Écologies (E&E), 6 août 2020. https://eglisesetecologies.com/2020/08/06/rendez-vous-lecologie-comme-une-mission/
Voir aussi :
LANG Dominique, Petit manuel d’écologie intégrale, Avec l’encyclique Laudato Si’, un printemps dans le monde, Éditions, 20, 400 p. ISBN: 978-2-36452-117-9
LANG Dominique, Génatation Laudato Si, L’Église au défi de l’écologie intégrale, Bayard, 2020.
LANG Dominique, « L’Église de France et l’écologie, Études, 2019/1 (janvier), p. 83-96. DOI : 10.3917/etu.4256.0083. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-2019-1-page-83.htm
LANG Dominique, « Un monastère écologique, Solan », Études, 2015/1 (janvier), p. 65-66. DOI : 10.3917/etu.4212.0065. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-2015-1-page-65.htm
LANG Dominique, « L’environnement pose la question du sens », Revue Projet, 2012/3 (n°328), p. 75-79. DOI : 10.3917/pro.328.0075. URL : https://www.cairn.info/revue-projet-2012-3-page-75.htm
LANG Dominique, « Le défi d’une crise nucléaire durable », Revue Projet, 2012/2 (n°327), p. 78-80. DOI : 10.3917/pro.327.0078. URL : https://www.cairn.info/revue-projet-2012-2-page-78.htm
LANG Dominique, « Hésitation autour des OGM », Revue Projet, 2012/1 (n°326), p. 73-75. DOI : 10.3917/pro.326.0073. URL : https://www.cairn.info/revue-projet-2012-1-page-73.htm
LANG Dominique, « Naissance d’une éthique écologique chrétienne », Revue Projet, 2011/5 (n°324-325), p. 130-135. DOI : 10.3917/pro.324.0022. URL : https://www.cairn.info/revue-projet-2011-5-page-130.htm

3. Sur les services de la Conférence des évêques de France :

  • Service national de la mission universelle de l’Église (SNMUE),
  • Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI),

se reporter aux deux documents n°1, et au document n°2 figurant  ci-dessous.

Université d'été 2020

« Laudato Si’ : une invitation à la sobriété. Consommer autrement », Université d’été organisée par Service national de la mission universelle de l’église (SNMUE) et le Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI) du 24 au 28 août 2020 au Domaine Saint Joseph à Lyon


DOCUMENT n°1

SERVICE NATIONAL DE LA MISSION UNIVERSELLE DE L’ÉGLISE (SNMUE)

Aider les diocèses à s’ouvrir à la dimension universelle de l’Église.
La commission épiscopale pour la mission universelle confie au service la mission de servir la communion et la coopération entre Églises du monde. Le service aide à l’accueil et à l’accompagnement, des prêtres et religieuses ou religieux étrangers, anime le réseau des communautés catholiques francophones dans le monde et favorise les échanges entre Églises, c’est-à-dire entre les diocèses de France et les autres diocèses catholiques dans le monde.

RÉFÉRENCES
https://eglise.catholique.fr/guide-eglise-catholique-france/structure/service-national-de-la-mission-universelle-de-leglise/


DOCUMENT n°2

SERVICE NATIONAL DE LA PASTORALE DES MIGRANTS ET DES PERSONNES ITINÉRANTES (SNPMPI)

Écouter et servir l’étranger et l’itinérant
La Commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église confie à ce service, la tâche de servir la double mission pastorale des évêques : l’accueil et le « développement intégral » des personnes migrantes et des personnes itinérantes ; la promotion de la communion entre les personnes migrantes, les personnes itinérantes, leurs communautés, et les communautés de l’Église locale.

RÉFÉRENCES
https://eglise.catholique.fr/guide-eglise-catholique-france/structure/service-national-de-la-pastorale-des-migrants-et-des-personnes-itinerantes/


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Laudato Si’ : une invitation à la sobriété. Consommer autrement », Université d’été organisée par Service national de la mission universelle de l’église (SNMUE) et le Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI) du 24 au 28 août 2020 au Domaine Saint Joseph à Lyon.
  • Parc du domaine Saint-Joseph à Lyon (Rhône). Photo extraite de https://www.domaine-lyon-saint-joseph.fr/

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°417, lundi 10 août 2020

Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique
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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/08/10/laudato-si-une-invitation-a-pratiquer-la-sobriete-et-a-consommer-autrement-universite-dete-du-service-national-de-la-mission-universelle-de-leglise/
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Bernard Stiegler (1952-2020)

Nous venons d’apprendre le décès du philosophe Bernard STIEGLER le 6 août 2020. Bernard MÉRIGOT,  lui rend hommage.

Bernard STIEGLER (1952-2020). Réunion d’Ars Industrialis, Théâtre Gérard Philippe, Saint Denis, 7 janvier 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.

J’ai eu la chance d’accompagner Bernard STIEGLER depuis les années 2010. Qu’il me soit permis de souligner son extrême bienveillance à l’égard de ceux qui s’intéressaient à l’oeuvre foisonnante, parfois déroutante mais toujours passionnante, qu’il bâtissait, livre après livre, séminaire après séminaire, conférence après conférence. Sa culture était étonnante, tout comme son extraordinaire productivité.

Au fil de ses nombreuses activités, il a contribué à former des réseaux qui comprennent aujourd’hui d’innombrables lecteurs, élèves, disciples et collaborateurs. Son oeuvre demeurera comme un exemple des curiosités engagées que doit manifester publiquement un philosophe dans un monde qui peine à analyser ses acquis, ses devoirs et ses potentialités, et surtout à anticiper les temps qui viennent.

Notre média numérique adresse ses sincères condoléances à ses proches, et à tous ceux à qui manque aujourd’hui, le maître qu’il a été, au plein sens socratique du terme.

Bernard MÉRIGOT
Rédacteur en chef de Territoires et Démocratie Numérique Locale (TDNL)

Bernard STIEGLER (1952-2020). Séminaire du 24 mai 2017, Plaine Commune, Saint Denis, 24 mai 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.


ARTICLES CONCERNANT Bernard STIEGLER
en ligne sur http://savigny-avenir.info

Bernard STIEGLER (1952-2020). Séminaire du 24 mai 2017, Plaine Commune, Saint Denis, 24 mai 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.


DOCUMENT

L’INTELLIGENCE NUMÉRIQUE COLLECTIVE

Selon Bernard STIEGLER, la décennie présente sera celle de l’ « économie de la contribution », qui consistera pour chacun à participer selon le principe de l’échange « pair-à-pair », traduction de l’américain peer-to-peer (« P2P ») qui désigne un modèle de réseau informatique dans lequel, contrairement au modèle client/serveur, chaque client est également serveur. Il ne s’agit plus pour la démocratie de redistribuer le pouvoir, mais de « savoir mettre en valeur son temps», c’est-à-dire de pratiquer l’intelligence collective à l’échelle des territoires.
•    Problème du politique : être, vivre, se supporter
« Le problème du politique, c’est de savoir comment être ensemble, vivre ensemble, se supporter comme «ensemble» à travers et depuis nos singularités (bien plus profondément encore que nos « différences ») et par-delà nos conflits d’intérêts. »

Bernard STIEGLER, « De la misère symbolique », Le Monde, 10 octobre 2003
•    Politique et unité de la cité
« La politique est l’art de garantir une unité de la cité dans son désir d’avenir commun, son individuation, sa singularité comme devenir-un. »

Bernard STIEGLER, « De la misère symbolique », Le Monde, 10 octobre 2003
•    Politique et amour des autres
« L’être-ensemble est celui d’un ensemble sensible. Une communauté politique est donc la communauté d’un sentir. Si l’on n’est pas capable d’aimer ensemble les choses (paysages, villes, objets, oeuvres, langue…), on ne peut pas s’aimer. Tel est le sens de la
« philia » chez Aristote. Et s’aimer, c’est aimer ensemble des choses autres que soi. »
Bernard STIEGLER, « De la misère symbolique », Le Monde, 10 octobre 2003

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Bernard STIEGLER (1952-2020). Séminaire du 24 mai 2017, Plaine Commune, Saint Denis, 24 mai 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • Bernard STIEGLER (1952-2020). Réuninon d’Ars Industrialis, Théêtre Gérard Philippe, Saint Denis, 7 janvier 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.

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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/08/07/bernard-stiegler-1952-2020/
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Le refus par les citoyens du compteur/capteur/communiquant Linky est légal

Linky est un compteur/capteur/communiquant de données concernant les consommations d’électricité domestiques. Sa fonction principale n’est pas de totaliser les quantités d’énergie consommées, mais de capter, d’enregistrer et de transmettre un maximum de données personnelles sur les modes de vie des abonnés afin de les commercialiser. Le refus de son installation est légal. La photographie ci-dessous, prise le 5 août 2020 l’atteste.

« Refus légal du compteur capteur communiquant Linky. Pose forcée = infraction passible de poursuites civiles et pénales. Art. 226-4 à 432 du Code Pénal, Art. 544 du Code Civil. PROPRIÉTÉ PRIVÉE ». ©Photographie Bernard Mérigot/CAD

Le texte complet de l’affiche apposée sur le boîtier d’alimentation d’un pavillon est le suivant :

REFUS LÉGAL
du compteur capteur communiquant Linky
POSE FORCÉE = INFRACTION

passible de poursuites civiles et pénales
Art. 226-4 à 432 du Code Pénal, Art. 544 du Code Civil
PROPRIÉTÉ PRIVÉE


CONTRE L’EXPOITATION COMMERCIALE DES DONNÉES
DES ACTIVITÉS PERSONNELLES

Le « capitalisme numérique » fait l’objet d’études et de recherches universitaires permanentes. Les conclusions qui sont tirées par les sociologues, ethnologues et anthropologues de terrain du monde entier, membres de l’ International Sociological Association (ISA), créée par l’UNESCO, aboutissent à constater les continuités grandissantes des relations sociales fondamentales d’exploitation économique, d’aliénation culturelle et de domination politique.
Dans le dernier numéro de son bulletin, mis en ligne dans toutes les principales langues du monde, l’International Sociological Association s’exprime ainsi :

« Les utilisateurs des machines numériques constituent une nouvelle classe exploitée à travers les plateformes de médias sociaux ou les producteurs de médias numériques. Les technologies de surveillance menacent les droits individuels des citoyens ; et les intérêts du capital limitent le potentiel démocratique (…) . »

« On oublie souvent que la production de la culture médiatique mondiale contemporaine repose sur la communication et la coopération – lesquelles sont contrôlées et gérées par les géants du numérique. En tant qu’utilisateurs de plateformes de médias sociaux, nous faisons office de travailleurs numériques non rémunérés pour ces entreprises, sachant qu’elles exploitent les traces de nos données personnelles. »

« Mark ANDREJEVIC, sociologue australien, s’est intéressé à la logique des modèles commerciaux basés sur les données. Dans son article, il traite de la tendance croissante à la génération automatique de données et du rôle joué par les acteurs capitalistes qui les détiennent et les accumulent. » 

Refus d’installation d’un compteur électrique Linky. « Refus légal du compteur capteur communiquant Linky. Pose forcée = infraction passible de poursuites civiles et pénales. Art. 226-4 à 432 du Code Pénal, Art. 544 du Code Civil. PROPRIÉTÉ PRIVÉE ». ©Photographie Bernard Mérigot/CAD

POUR CONCLURE

Une démocratie n’est pas une maison à deux étages où les habitants du premier étage (le gouvernement, les administrations publiques, les multinationales…)  auraient le privilège d’imposer aux habitants du rez-de-chaussée (les citoyens) ce qu’ils doivent penser et faire. Il faut revenir aux idées défendues par John DEWEY : ce sont les citoyens qui savent mieux que quiconque ce qui est bon pour eux.

Nous savons tous que les données collectées par Linky seront aux mains d’innombrables intermédiaires et prestataires. Elles seront inévitablement pillées, détournées, vendues. Car le suivi, minute par minute, jour après jour, des consommations d’électricité, est porteur de précieux renseignements sur les modes de vie et des citoyens, là où ils habitent, dans leur foyer, dans leur famille. C’est une manne pour détecter de nouveaux marchés commerciaux et vendre de nouveaux produits.

L’organisation nationale qu’était EDF, voulue par le Général de Gaulle au lendemain de la Libération en 1946 sous la forme d’un Établissement public industriel et commercial (EPIC) a bel et bien disparu en devenant en 2004 une société anonyme (SA). Les directives européennes n’auront été qu’un prétexte pour imposer un choix contraire aux intérêts d’indépendance énergétique nationale.

Les  abonnés au service public de distribution de l’électricité ont la liberté de refuser de participer (gratuitement) à la collecte de données qui leur appartiennent, et de les mettre (gratuitement) à la disposition d’entités commerciales masquées. Rien ne garantit aujourd’hui la pureté de leurs intentions. Et rien ne garantit demain, ni la durabilité institutionnelle d’ENEDIS, ni la durabilité de ses intentions. Ni celle des gouvernants de demain. Ce qui est dit aujourd’hui n’engage en rien ce qui sera dit demain.

Linky chez soi, c’est un espion à domicile que l’on renseigne soi-même sur tous nos faits et gestes, ceux de nos proches, ceux de nos enfants. Pour toujours…

Bernard MÉRIGOT


RÉFÉRENCES
ECKER Marlen van den, SAVIGNANI Sebastian,
« Médias et communication à l’ére numérique », Dialogue Global, International Sociological Association (ISA), 10.2, 2020. https://globaldialogue.isa-sociology.org/volume-10-issue-2/
Marlen van den Ecker est professeur de sociologie à l’Université Friedrich Schiller d’Iéna (Allemagne) et Sebastian Sevignani, est professeur de Sociologie à l’Université Friedrich Schiller d’Iéna et à l’Université de Paderborn (Allemagne).


ARTICLES EN LIGNE sur http://savigny-avenir.info concernant Linky

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Refus légal du compteur capteur communiquant Linky. Pose forcée = infraction passible de poursuites civiles et pénales. Art. 226-4 à 432 du Code Pénal, Art. 544 du Code Civil. PROPRIÉTÉ PRIVÉE ». 5 août 2020 © Photographie Bernard Mérigot/CAD
  • Refus d’installation d’un compteur électrique Linky. « Refus légal du compteur capteur communiquant Linky. Pose forcée = infraction passible de poursuites civiles et pénales. Art. 226-4 à 432 du Code Pénal, Art. 544 du Code Civil. PROPRIÉTÉ PRIVÉE ». ©Photographie Bernard Mérigot/CAD

COMMENTAIRE
6 août 2020

Les structures, les dénominations et les évolutions de la distribution du service public de l’électricité ne sont pas simples.

Enedis (anciennement Électricité Réseau Distribution France, ERDF), est une société anonyme à conseil de surveillance et directoire, filiale à 100% d’EDF, chargée de l’aménagement de 95% du réseau de distribution d’électricité en France ;
Enedis a été créée le 1er janvier 2008 sous le nom d’ERDF, par la scission des activités de distribution d’électricité d’EDF avec les activités de production, de transport et de commercialisation de l’électricité. Elle a repris les activités préalablement assurées par EDF Gaz de France, EDF Réseau Distribution « qui opéraient en tant que directions d’EDF SA dotées d’une indépendance de gestion ».
Le 31 mai 2016, ERDF a pris le nom d’Enedis.

Elle ne doit pas être confondue avec RTE qui est le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en haute tension (supérieur à 50 kV (HTB).


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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/08/05/le-refus-par-les-citoyens-du-compteur-capteur-communiquant-linky-est-legal/

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Une caravane dans le désert. Le site http://savigny-avenir.info change sa photographie d’en-tête

Territoires et démocratie numérique locale (TDNL) a changé sa photographie d’en-tête le 2 août 2020. Un site Internet est un média qui contient d’autres médias. C’est une série d’emboîtements, tout à la fois textes, images, fixes ou animées, sons… Autant d’expressions, chacune marquée par une intentionnalité, implicite ou explicite, connue ou ignorée, qui prend sens à partir du moment où elle devient un discours : discours sur l’apparence, discours sur l’imaginaire, discours sur les réalités tues.


  • Ancienne Image. Allée cavalière bordée d’arbres.
    On se souvient de la photographie qui a été affichée sur la page d’accueil depuis 2009 jusqu’à hier : une longue et belle allée que l’on imagine cavalière, bordée d’arbres. Elle vient de quelque part, et va autre part. A une extrémité un château, à l’autre une forêt, sans doute. A gauche, une prairie clôturée. Au fond, à une certaine distance, et déjà hors de portée de voix, un promeneur solitaire, un marcheur qui s’éloigne. Le soleil s’est levé depuis peu, ce doit être tôt le matin, au printemps ou à l’automne. Nous sommes en Europe, peut-être en Angleterre, en France ou en Allemagne…

Allée cavalière bordée d’arbres. Première photographie utilisée pour l’en-tête du site http://savigny-avenir.info utilisée de 2009 à 2020.


  • Nouvelle image. Caravane dans le désert.
    A compter du 2 août 2020,  changement de décor. Une caravane dans le désert. Douze hommes et dix dromadaires montés chacun par un cavalier et deux marcheurs sans dromadaire. Le soleil est bas sur l’horizon, C’est sans doute le matin, aussi. Au rythme de ses pas, la caravane projette son ombre mouvante sur les dunes de sable.

    Caravane dans le désert. Deuxième photographie de l’en tête du site http://savigny-avenir.info à partir du 2 août 2020.

Pourquoi le désert ? Il n’existe pas une raison du désert, mais des raisons du désert. Chaque raison a une histoire. Chaque histoire à ses raisons. Et chacun possède en lui une histoire personnelle de désert : désert intérieur, désert imaginaire, désert culturel, désert religieux.
Quant-au déserts touristiques, en ce temps covidique de l’année 2020, les confinements, les masques, les distances-barrières dans les avions… les ont remplacés par des déplacements plus sobres et moins polluants, moins risqués aussi, à tous égards.

Histoire de déserts. Les raisons ne manquent pas : Pierre BENOÎT, Dino BUZZATI, René CAILLÉ, Charles-Eugène de FOUCAULT, Thomas Edward LAWRENCE, Jean-Marie LE CLÉZIO, Pierre LOTI, Théodore MONOD… et tant d’autres.
Et bien sûr, Friedrich NIETZSCHE, à propos de qui Monique BROC-LAPEYRE remarque que « Le désert croît, malheur à celui qui recèle des déserts » est une phrase en allemand, pleine d’allitérations : « die Wuste wächst, weh dem der Wüsten birgt ».

Histoire de camélidés, de chameaux aussi bien que de dromadaires.. Peut-être à cause de Saint Matthieu.

  • « Je vous dis encore : Il est plus facile à un chameau d’entrer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
    Matthieu 19 : 24
  • « Malheur à vous, scribes et Pharisiens, hypocrites ! parce que vous donnez le dixième de la menthe et de l’aneth et du cumin, mais que vous avez laissé les points les plus importants de la Loi, à savoir la justice et la miséricorde et la fidélité. Ce sont ces choses-ci qu’il fallait faire, sans laisser les autres choses. Guides aveugles, qui filtrez le moustique mais avalez le chameau ! »
    Matthieu 23 : 23, 24

L’hyperbole est fondée sur le contraste entre un minuscule moustique et un chameau, l’un des plus gros animaux connus des auditeurs de Jésus. Les Pharisiens filtraient leur vin à travers une passoire en tissu afin de ne pas avaler un moustique, ce qui les aurait rendus impurs du point de vue rituel. Au sens figuré, ils « avalaient» le chameau, qui était également impur selon le rituel (« Le chameau est impur pour vous », Lévitique 11 : 4)

La pensée de Jésus semble claire. Les Pharisiens montraient avec ostentation qu’ils observaient une exigence minime de la Loi, mais en toute discrétion, ils ne respectaient pas les principes moraux  les plus importants.

Une seule image suffit pour nous emmener au bout des territoires du monde, au bout des temps, au bout de la pensée.


RÉFÉRENCES
IPANDI Brice, La représentation du désert et ses enjeux en littérature francophone contemporaine. Lecture de « Les marches de sable » d’Andrée Chédid, « Marie d’Egypte » de Jacques Lacarrière et de « Macaire Le Copte » de François Weyergans. Université de Lorraine, 2014.


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Allée cavalière bordée d’arbres. Première photographie utilisée pour l’en-tête du site http://savigny-avenir.info utilisée de 2009 à 2020.
  • Caravane dans le désert. Deuxième photographie de l’en tête du site http://savigny-avenir.info à partir du 2 août 2020.

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Le Covid 19 est une remise en cause politique de la vie dans la cité (Alain FAURE)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°415, lundi 27 juillet 2020

Deux ordres de faits se sont superposés au cours de l’année 2020 : celui de l’état d’urgence sanitaire (EUS) lié à la crise du Covid 19, en France et dans le monde, et celui de l’accomplissement d’échéances électorales locales, en France :

  • l’ordre sanitaire : début du confinent (17 mars 2020), fin de l’état d’urgence sanitaire (10 juillet 2020), organisation de la sortie pour faire face à l’épidémie Covid 19 (annonces de déconfinements partiels et de menaces de reconfinements localisés en juillet 2020).
  • l’ordre électoral : premier tour des élections municipales (15 mars 2020), second tour des élections municipales (28 juin 2020), élections des maires (en juin et en juillet 2020), suivies par l’élection des présidents d’intercommunalités, de métropoles, de syndicats intercommunaux… (en juillet 2020).

Ces superpositions ne sont ni fortuites, ni anecdotiques. Elles ont des causes et elles ont des effets. Elles amènent une question concernant l’engagement politique dans la cité : en quoi le « pendant/après-Covid » est-il en rupture avec les représentations « classiques » concernant le pouvoir par rapport à celles qui existaient « avant-Covid » ?

La « distance sociale sanitaire » pour ralentir la propagation de l’épidémie Covid 19, matérialisée au sol à la peinture jaune, devant l’entrée de l’école primaire Paul Valéry à Épinay-sur-Orge (Essonne), le 13 juin 2020. Les parents venant chercher leurs enfants à l’école sont censés poser leurs pieds sur chaque point jaune, et pas ailleurs. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

Commentaire de l’illustration. Par ce marquage, l’espace public devient une route, ou une piste d’atterrissage, qui canalise et qui sépare le flux des déplacements et des stationnements des êtres humains. Ceux-ci sont comme des automobiles sur un parking, ou des avions dans un aéroport.
La politique se résume en définitive à une gouvernance des corps. Elle ne laisse qu’une seule alternative : obéir aux directives gouvernementales ou les transgresser pour jouir de la liberté individuelle de se déplacer.
On se souvient que le jeu Pokemon Go, apparu sur les téléphones portables en 2014. Ce jeu en réalité augmentée, constituait une introduction – commerciale et abêtissante – de la prise de possession de l’imaginaire sur la réalité territoriale. Elle a créé d’utiles réflexes que l’épidémie Covid-19 a désormais repris pour créer une réalité diminuée des rapports enfants/enseignants/parents. L’engouement éphémère pour l’application gouvernementale StopCovid sur les téléphones  portables en est un exemple (Voir DOCUMENT à la fin de l’article)

LES ÉMOTIONS POLITIQUES INATTENDUES
DE LA PENSÉE CONFINÉE

Alain FAURE, se fondant sur des journaux de confinement mis en ligne, observe que des « émotions politiques inattendues de la pensée confinée » sont apparues, se sont manifestées, et se sont développées. Ce concept original lui sert à constater qu’ une remise en cause citoyenne de la vie dans la cité s’est produite :

« Avec le confinement généralisé, la vague émotionnelle a aussi pris une tournure politique inattendue. Dans cette curieuse période de suspension des activités, les inquiétudes et les peurs ont été verbalisées sur un mode sensible, et passées au tamis d’angoisses et d’aspirations personnelles. Placés contre leur gré en situation d’isolement pendant de longues semaines, des milliers d’hommes et de femmes ont pris la plume sur Internet, dans la presse et dans différents cercles sociaux pour exprimer leurs états d’âme, comme si la vie recluse leur permettait de s’interroger à voix haute sur le sens de la vie dans la cité. » (1)

L’INTIMISATION DE LA POLITIQUE

La crise sanitaire Covid 19 demeurera un opérateur politique majeur du début du XXIe siècle. Certains intervenants en recherche-action pourraient la qualifier d’analyseur institutionnel. En tant qu’expérience politique, l’épidémie Covid-19 de la première moitié de l’année 2020 a accéléré la transformation citoyenne de l’engagement local. Elle a constitué une expérience qui a permis l’éclosion d’une pensée confinée en opérant une intimisation de la politique, c’est-à-dire un passage de la sphère publique à la sphère privée, de réflexions personnelles sur la nature profonde du bonheur de vivre et du besoin de faire communauté. (2)

Classiquement, les sciences politiques envisagent la politisation par les émotions selon plusieurs aspects :

  • celle des gouvernants instrumentalisant les passions individuelles pour asseoir leur autorité,
  • celle des citoyens, traversant des moments d’espoir, des moments de déception, et des moments d’indifférence,
  • celle des affects qui entraînent les mobilisations collectives pour construire des fronts de résistance.

L’emprise des ressentis émotionnels imprègnent de plus en plus « les prises de conscience politiques. Elle les formate. « Le militantisme, la délibération, la participation et les élections sont « indexés » aux fragilités des angoisses existentielles. »

Avant d’être représentative, la démocratie est sensible. Ce qui peut présenter des avantages. Ce qui peut aussi présenter plusieurs dangers dans une période où les systèmes politiques sont soumis aux tentations populistes, aux discours prophétiques, aux formes paradoxales des transhumanismes.


RÉFÉRENCES
1. FAURE Alain,
Les émotions politiques inattendues de la pensée confinée, Presses Universitaires de Grenoble, 2020, 11 p. ISBN 978‐2‐7061‐4955‐9 (ebook PDF) ISBN 978‐2‐7061‐4956‐6 (ebook ePub). Voir p. 5
Alain Faure est directeur de recherche en science politique au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au sein du laboratoire PACTE (Université de Grenoble Alpes/Institut d’Études Politiques de Grenoble).
2. FAURE Alain et NEGRIER Emmanuel, La politique à l’épreuve des émotions. Presses Universitaires de Rennes, 2017.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • La « distance sociale sanitaire » pour ralentir la propagation de l’épidémie Covid 19, matérialisée au sol à la peinture jaune, devant l’entrée de l’école primaire Paul-Valéry à Épinay-sur-Orge (Essonne), le 13 juin 2020. Les parents venant chercher leurs enfants à l’école sont censés poser leurs pieds sur chaque point jaune, et pas ailleurs. Photographie Bernard Mérigot/CAD.

DOCUMENT

STOPCOVID
Une fausse-bonne idée

Durant les mois de mai et de juin 2020, Ministres, élus et administrations ont annoncé avec délectation les mérites de l’application StopCovid qui pouvait-être téléchargée sur les téléphones mobiles des français et des françaises.
Le Gouverment en a fait la présentation suivante le 25 mai 2020 sur son site officiel.

StopCovid est une application qui s’inscrit dans le plan global de déconfinement du Gouvernement dans le contexte de l’épidémie de Covid-19. Les médecins et les plateformes de l’Assurance Maladie assurent la mission de détection des contacts des personnes maladies afin de rompre les chaînes de transmission. StopCovid se veut être un rempart supplémentaire contre le virus et vient compléter l’action de ces équipes et permet à chaque usager, sur la base du volontariat, de savoir s’il a eu un contact rapproché avec une personne malade ou de prévenir les autres utilisateurs s’il a été diagnostiqué comme un cas de COVID-19.

Stop Covid, c’est quoi ? C’est une application qui permet de prévenir les personnes qui ont été à proximité d’une personne testée positive, afin que celles-ci puissent être prises en charge le plus tôt possible, le tout sans jamais sacrifier nos libertés individuelles.
StopCovid est une application transparente, temporaire, téléchargeable sur la base du volontariat, qui s’inscrit dans le cadre de protection de la vie privée.

Comment ça marche ? Si vous avez téléchargé l’application sur votre téléphone, vous êtes informé lorsque vous avez été en contact rapproché (à moins d’1 mètre de distance pendant au moins 15 minutes) avec une personne (par exemple dans les transports en commun ou dans un commerce) qui a été diagnostiquée comme un cas de COVID-19 et qui est aussi utilisatrice de l’application.

Où télécharger l’application StopCovd ? « Téléchargez sur l’Apple Store. Disponible sur Google Play».

Nous constatons que la santé publique n’est pas spécifiquement un domaine de compétence du gouvernement mais celui de multinationales commerciales. Bien qu’étant une application gratuite « sous copyright du gouvernement », il reste à savoir sur la totalité des codes sources sont publics. Ce qui n’est pas sûr… Le plus grand danger est que ces données individuelles possèdent une valeur commerciale considérable. Elles constituent un gisement attrayant pour quantité d’utilisations dans le secret des personnes concernées.

RÉFÉRENCES
GOUVERNEMENT,
« StopCovid », 25 juin 2020. https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/stopcovid


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Anthropologie de la pensée Post Covid-19 : pollutions, multinationales, relocalisations. Un poème pour le « Jour d’après » Posted on 25 mai 2020 by Bernard MÉRIGOT LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°406, lundi 25 mai 2020 « Plus jamais de dépendance aux marchés internationaux ». Voila un exemple de la pensée post-Covid-19 que l’on peut lire en ce jour du 18 mai 2020 sur … Continue reading → Posted in Mondialisation / Démondialisation, Multinationales, Pensée post-Covid-19, Poème pour le Jour d’après, Pollution, Relocalisation |

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°415, lundi 27 juillet 2020

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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/07/27/le-covid-19-est-une-remise-en-cause-politique-de-la-vie-dans-la-cite-alain-faure/
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